Course Eiffage du Viaduc de Millau 2026 : 23,7 km pour retrouver le plaisir de courir
Sept mois et demi après ma sleeve, me voilà au départ de la Course Eiffage du Viaduc de Millau pour 23,7 km et 450 m de D+. Une course que je connais bien, puisque c’est ma troisième participation, mais qui avait cette fois une saveur très particulière après plusieurs années sportivement compliquées. Plus qu’un chrono, je venais chercher une confirmation : celle que je pouvais enfin tourner la page… et surtout retrouver le plaisir de courir.
Sommaire
23,7 km, 450 m de dénivelé positif et un aller-retour sur l’un des viaducs les plus impressionnants au monde : sur le papier, la Course Eiffage du Viaduc de Millau avait déjà tout d’un beau défi. Mais cette année, pour moi, l’enjeu était ailleurs.
Sept mois et demi après ma sleeve, je m’apprêtais à prendre le départ de ma première grosse course depuis mon opération. Une distance que je ne pensais même pas être capable d’envisager aussi rapidement et qui arrivait après plusieurs années sportivement compliquées, faites de régression, de courses subies et d’abandons.
Pourtant, depuis quelques mois, quelque chose avait changé. Les sensations étaient revenues à l’entraînement. Les progrès aussi. Et surtout, pour la première fois depuis bien longtemps, j’avais de nouveau réellement envie de prendre le départ d’une course.
Je connaissais pourtant parfaitement ce qui m’attendait : ce serait ma troisième participation à la Course du Viaduc de Millau. Je connaissais sa longue montée, son faux plat interminable sur le Viaduc, ses relances qui font mal aux jambes et cette dernière difficulté qui arrive précisément au moment où l’on préférerait qu’il n’y en ait plus. 😂
Mais cette fois, je n’étais pas venue chercher un chrono à tout prix.
Je voulais savoir si les progrès ressentis à l’entraînement allaient résister à l’épreuve d’un dossard. Si mon corps était prêt à encaisser plus de trois heures d’effort après mon opération. Et surtout, si j’étais capable de retrouver quelque chose que j’avais progressivement perdu ces dernières années : le plaisir de courir une course du départ jusqu’à l’arrivée.
Alors, est-ce que ces 23,7 km allaient enfin marquer le début d’un nouveau chapitre ?
Direction Millau.
Pourquoi la Course du Viaduc de Millau comptait autant pour moi
Ma première grosse course depuis ma sleeve
Première grosse course depuis mon opération, la Course du Viaduc de Millau représentait déjà une petite victoire en soi. Je ne pensais sincèrement pas récupérer physiquement aussi rapidement.
Je sens une énorme différence avec les 5 km de Perpignan, ma première course après la sleeve, où j’avais vraiment subi du début à la fin. Alors me retrouver sur la ligne de départ d’une course de 23,7 km avec du dénivelé, seulement sept mois et demi après mon opération, était assez inespéré.
Quelques mois plus tôt, je répétais encore sur les réseaux sociaux que ma reprise devait être progressive et qu’il ne fallait pas s’attendre à me voir sur un semi-marathon dès la rentrée. Dans ma tête, l’objectif était plutôt de retrouver tranquillement les 10 km.
Mon chirurgien lui-même m’avait prévenue : impossible de prédire exactement comment mon corps allait encaisser l’opération ni quelles seraient ses conséquences sur ma pratique sportive.
C’était d’ailleurs l’une de mes plus grandes inquiétudes lorsque je suis entrée au bloc. J’avais peur des répercussions de la sleeve sur le sport, de ne plus réussir à m’entraîner comme avant ou à tenir sur des efforts longs. Et surtout, je ne savais pas encore si j’allais réussir à retrouver ce que j’étais venue chercher : le plaisir de faire du sport, loin des contraintes qui avaient fini par prendre tellement de place ces dernières années.
Sept mois et demi plus tard, j’étais au départ de Millau.
Plus qu’un chrono, j’avais besoin de retrouver le plaisir de courir
Au-delà de l’opération et de ma reprise sportive, cette course représentait surtout un symbole.
J’avais envie qu’elle marque la fin d’une période compliquée, faite de régression physique, d’échecs sportifs et de DNF à répétition. Trop de courses avaient fini par être associées à l’angoisse des barrières horaires, à l’auto-sabotage ou à des expériences négatives qui m’ont profondément marquée.
Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’ouvrir un nouveau chapitre de ma vie. Un chapitre beaucoup plus positif. Et j’avais envie que cette course en soit la première ligne. Je voulais retrouver le plaisir de courir. Retrouver aussi cette fierté si particulière lorsque l’on franchit une ligne d’arrivée. Pas celle qui vient d’un chrono ou d’une performance, mais simplement celle d’avoir été capable de le faire.
Depuis le mois de juillet, mes sensations à l’entraînement sont exceptionnelles. Je vois les progrès, je les ressens séance après séance, mais il me restait une question : est-ce que j’allais réussir à les transposer en course officielle ?
Pour Millau, mes objectifs étaient donc assez simples : terminer en étant bien physiquement et mentalement, prendre un maximum de plaisir et, si possible, faire mieux que lors de ma précédente participation en 2022.
Pour une fois, je n’avais pas envie de subir une course. J’avais envie de la vivre.
Course Eiffage du Viaduc de Millau : parcours, distance et dénivelé
Un profil relevé
La Course Eiffage du Viaduc de Millau, c’est 23,7 km pour environ 450 m de dénivelé positif, avec un parcours qui part de Millau, grimpe jusqu’au Viaduc, effectue un aller-retour sur celui-ci avant de redescendre vers la ville.
Et autant te prévenir : ce n’est pas un semi-marathon avec seulement 2,6 km supplémentaires. Le profil du parcours ajoute une vraie difficulté.
La première grosse partie de la course consiste évidemment à monter depuis Millau jusqu’à l’aire du Viaduc. Mais il ne faut pas s’imaginer qu’une fois arrivée là-haut, le plus difficile est derrière nous. L’aire elle-même n’est pas plate et comporte plusieurs petites relances avant et après la traversée.
Et puis il y a évidemment le Viaduc de Millau, pont autoroutier emprunté par l’A75 et véritable star de la course. L’épreuve n’ayant lieu que tous les deux ans, c’est une occasion assez exceptionnelle de pouvoir le traverser en courant.
L’aller sur le Viaduc réserve d’ailleurs une petite surprise : il est en faux plat montant. Sur le papier, cela ne paraît pas forcément impressionnant. Dans les jambes, après la montée précédente, c’est une autre histoire. D’autant que le Viaduc est incurvé : dans ce sens, on n’en voit quasiment jamais la fin. Et lorsqu’on ajoute du vent, tu peux rapidement avoir l’impression de faire du sur-place…
Une fois l’aller-retour terminé, il reste encore une dernière difficulté à ne surtout pas sous-estimer : une grosse montée autour du km 17, après avoir quitté l’aire du Viaduc. Elle arrive au moment où les kilomètres commencent déjà à peser dans les jambes, juste avant d’entamer enfin la longue descente vers Millau.
Les ravitaillements de la Course du Viaduc de Millau
L’organisation prévoit deux ravitaillements solides et liquides, situés aux alentours des km 8,2 et 15,2, juste avant et après la partie consacrée au Viaduc. Un troisième ravitaillement liquide est également proposé aux alentours du km 19.
De mon expérience, je les ai trouvés bien organisés et suffisamment complets, ce qui est appréciable sur une course de cette durée.
Une course difficile, mais accessible aux runners plus lents
Avec ses 23,7 km et son dénivelé, la Course du Viaduc de Millau reste une épreuve exigeante. Mais il y a un point que je trouve particulièrement intéressant : les barrières horaires sont relativement larges.
Elles permettent à une runneuse plus lente, à condition d’être correctement préparée à la distance et au dénivelé, d’envisager la course sans avoir à courir constamment avec la peur d’être arrêtée.
Il existe notamment deux barrières horaires intermédiaires au niveau des ravitaillements. Attention toutefois : les horaires peuvent évoluer d’une édition à l’autre, il est donc indispensable de consulter le règlement de l’année où tu participes.
Pour l’édition 2026, il fallait par exemple avoir quitté le deuxième ravitaillement, situé au km 15,2, avant 12 h 15. Avec des départs échelonnés entre 9 h et 9 h 30, cela laissait environ 2 h 45 à 3 h 15 pour parcourir les quinze premiers kilomètres.
Bref, le parcours demande d’être préparée. Mais si ce qui t’inquiète est surtout de savoir si la Course du Viaduc de Millau est envisageable lorsque l’on court lentement : oui, les délais proposés la rendent plutôt accessible.
Mon équipement pour lea Prom Classic 2026
👉 Profite de 15% de réduction sur le textile et les chaussures non soldés, éligibles aux coupons avec mon code MARGAUX15
Mon récit de la Course Eiffage du Viaduc de Millau 2026
Du départ au premier ravitaillement : km 0 à 8,2
J’ai la chance d’être placée dans la vague Eiffage, qui s’élance juste après les élites. Autant dire que je profite pleinement de l’ambiance survoltée du départ et de l’élan général.
9 h 05 : je passe sous l’arche. C’est parti pour 23,7 km !
C’est la troisième fois que je participe à cette course et je connais désormais son parcours par cœur. Je sais où sont les difficultés, à quels endroits je dois absolument garder de l’énergie… et, au contraire, quand je pourrai laisser un peu plus courir les jambes.
Les cinq premiers kilomètres sont relativement plats, malgré quelques petites relances, avant d’attaquer la première véritable difficulté : la montée vers le Viaduc.
Ma consigne est donc simple : ne surtout pas m’emballer sur cette première partie. Même si les jambes ont envie de courir, je sais très bien que la vraie course commencera ensuite.
Je me cale entre 7’15 et 7’40/km. C’est plus rapide que mes allures habituelles — comme souvent avec l’effet dossard — mais mon cardio reste en début de zone 3, autour de 165-170 bpm. Je me sens bien et, surtout, je n’ai pas l’impression d’être en train de griller des cartouches inutilement.
Alors j’en profite.
Les Millavois sont venus en nombre nous encourager et l’ambiance est incroyable. Je sais qu’une fois la montée commencée, la configuration du parcours rendra la présence du public beaucoup plus compliquée pendant un bon moment.
Et devant nous, le Viaduc de Millau domine complètement le paysage.
Vu d’en bas, il paraît immense. Difficile de ne pas lever les yeux en se disant : attends… on va vraiment devoir grimper jusque-là pour courir dessus ?
Je passe finalement les 5 premiers kilomètres en 37’47. Et là, petite surprise : c’est tout simplement mon 5 km le plus rapide de 2026. Et même depuis foooooort longtemps ! Je serais incapable de dire quand j’étais passée sous les 40 minutes pour la dernière fois. À titre de comparaison, j’avais couru les 5 km de Perpignan en 43’20 au mois de mai.
Plus de cinq minutes de différence quelques mois plus tard. Évidemment, les parcours et les circonstances ne sont pas les mêmes et il reste encore près de 19 kilomètres à parcourir. Mais à cet instant précis, ça me fait quand même quelque chose.
Les jambes vont bien. Le cardio va bien. La tête va bien.
Maintenant, on attaque la montée. Et de nouveau, la consigne est très claire : ne pas me cramer les jambes. Ce n’est que la première grosse difficulté de la journée et je sais parfaitement que le parcours en garde encore quelques-unes pour la suite.
Je commence donc par trottiner tout ce que je peux, en surveillant deux choses : mon cardio et mes mollets. Le premier ne doit pas s’envoler, les seconds ne doivent surtout pas commencer à cramper.
Sur le premier kilomètre, j’arrive encore à alterner environ 200 mètres de course et 200 mètres de marche. Mais dès le deuxième, je vois mon cardio dépasser les 200 bpm.
Message reçu. 😂
Je ralentis immédiatement, me décale sur la droite de la route pour laisser facilement passer les personnes qui continuent à courir et poursuis la montée en marchant d’un bon pas. L’objectif n’est clairement pas de gagner trois minutes ici pour les payer pendant les quinze kilomètres suivants.
Je me concentre sur ma respiration, je garde un rythme régulier… et j’en profite pour regarder autour de moi, parce que la vue est absolument incroyable.
Pour les amoureuses des chiffres, cette montée représente 2,17 km pour 246 m de D+, soit une pente moyenne d’un peu plus de 10 %. Autant dire qu’elle sait parfaitement se faire sentir dans les jambes. 😂
Je boucle le segment en 25’53, contre 28’35 en 2022. Oui, j’avoue : dans ces moments-là, j’aime beaucoup trop Strava et ses comparaisons de segments. 👀
Nous arrivons enfin sur l’aire du Viaduc. Il reste encore quelques virages et relances avant d’atteindre le premier ravitaillement, situé au km 8,2.
Je l’atteins aux alentours de 1 h 10 de course.
Et jusque-là, tout se déroule exactement comme je l’espérais : je suis dans mes prévisions, je me sens bien et j’ai encore largement de quoi continuer.
Premier check validé. Maintenant, direction le Viaduc.


Du premier ravitaillement au Viaduc de Millau : km 8,2 à 15,2
Comme j’ai tout ce qu’il me faut avec moi, je ne m’arrête pas au premier ravitaillement. Ma flasque à la main est presque vide, mais les deux petits bidons de ma ceinture sont encore pleins : largement de quoi tenir jusqu’au prochain.
Je décide donc de voyager léger pour l’aller-retour sur le Viaduc et de ne remplir ma flasque qu’au deuxième ravitaillement.
Parce que maintenant, j’ai un Viaduc à dompter.
Je marche quelques instants sur l’aire pour récupérer de la grosse montée avant de relancer progressivement à petites foulées. Je sais que les prochains kilomètres peuvent faire mal : après plus de 2 km de montée pour atteindre le Viaduc, les jambes ont déjà bien travaillé.
Et l’aire de stationnement nous réserve elle aussi quelques petites surprises niveau dénivelé. Rien de comparable avec ce que l’on vient de grimper, évidemment. Mais ce sont précisément ces petites relances qui piquent : à ce moment-là, tu aimerais récupérer avant d’attaquer le faux plat montant du Viaduc… et le parcours n’est visiblement pas tout à fait du même avis. 😂
Puis, enfin, nous y voilà. Le Viaduc de Millau. C’est la troisième fois que je cours dessus et pourtant, cela me fait toujours quelque chose.
Je me souviens encore de sa construction et de toutes les petites anecdotes qui l’entourent. Notamment celle qui m’impressionne toujours autant : sa plus haute pile dépasse la hauteur de la Tour Eiffel. Oui, vu d’en bas, on comprend tout de suite pourquoi la montée pour arriver jusque-là fait légèrement chauffer les mollets. 😂
Mais aujourd’hui, je n’ai pas vraiment le temps de faire du tourisme : devant moi m’attendent plusieurs kilomètres de faux plat montant.
Première très bonne surprise : il n’y a quasiment pas de vent. Et ça change tout. Courir sur le Viaduc est déjà exigeant en soi, mais avec du vent, on peut rapidement avoir l’impression de faire du sur-place. Cette fois, les conditions sont avec nous.
Alors j’active mon mode petites foulées + respiration contrôlée. Doucement, mais sûrement. Et je me fixe un petit défi : pour la première fois, j’aimerais réussir à courir toute cette partie du Viaduc sans marcher.
Petit à petit, j’avance. Un pylône après l’autre.
Je papote quelques instants avec une coureuse qui commence à avoir des crampes aux mollets et qui me raconte avoir adoré le semi-marathon de Biarritz, malgré son parcours assez relevé lui aussi. Je regarde autour de moi, je profite de la vue absolument incroyable sur la vallée du Tarn et, surtout, je profite d’être là.
Parce qu’au fond, c’est aussi exactement pour ça que je suis venue.
Et finalement, au loin, je l’aperçois : le demi-tour.
Celui qui signifie que le faux plat montant est terminé, mais aussi que j’arrive pratiquement à la moitié de ma course. Pour la petite anecdote, le record féminin sur cette portion du Viaduc, dans le sens montant, tourne autour des 11 minutes. Autant te dire que nous ne pratiquons pas exactement la même discipline.
Je fais demi-tour et, peu après, passe le panneau du km 12.
Et presque immédiatement, je sens la différence. Les jambes déroulent beaucoup plus facilement. Après avoir géré la montée jusqu’à l’aire puis le faux plat du Viaduc, je peux enfin relâcher un peu la pression et récupérer en courant.
Je sais malgré tout que la course est encore loin d’être terminée. Alors je garde de la marge, profite de cette portion beaucoup plus agréable et adresse au passage un petit coucou aux photographes.
Mais juste avant de quitter le Viaduc, quelque chose attire mon attention de l’autre côté de la chaussée : La voiture-balai vient seulement d’y entrer. Je réalise qu’elle se trouve à plus de 5 km derrière moi. Plus d’une heure d’écart. Je n’ai même plus précisément en tête les barrières horaires intermédiaires à ce moment-là. Pourtant, voir cette voiture aussi loin derrière moi défait instantanément un nœud que je ne savais même pas avoir dans l’estomac.
Ces dernières années, j’ai tellement couru avec la peur des barrières horaires que, même lorsque je ne pense pas consciemment à elles, elles sont encore quelque part dans un coin de ma tête. Mais là, pour la première fois de la journée, une évidence s’impose : je vais terminer cette course.
Il reste des kilomètres. Il reste des difficultés. Je sais notamment qu’une dernière grosse montée m’attend après le Viaduc. Mais je ne suis pas en train de lutter contre une barrière horaire. Je ne suis pas en train de subir ma course. Je suis bien, j’ai de l’avance et je peux simplement continuer à gérer mon effort.
Je quitte finalement le Viaduc après un aller-retour de 5,42 km bouclé en 45’41, contre 48’42 en 2022.
Encore trois minutes de gagnées. Mais à cet instant, ce n’est même pas vraiment ce qui compte. Je viens de courir tout le Viaduc. Et je suis toujours bien.



Du deuxième ravitaillement à l’arrivée : km 15,2 à 23,7
Cette fois-ci, je m’arrête au ravitaillement. Je remplis ma flasque et, surtout, j’en profite pour me mouiller généreusement la tête.
Les deux tiers de la course sont faits.
Il me reste une dernière grosse difficulté physique avec la montée du 17e kilomètre. Et ensuite, il faudra gérer toute la descente vers Millau avec la fatigue et la chaleur qui, elles aussi, commencent sérieusement à se faire sentir. Je repars donc pour un nouveau tour de manège sur l’aire du Viaduc. Vraiment, cette partie du parcours, ce sont des tours, des détours et encore des contours.
La bonne nouvelle, c’est que nous continuons globalement à descendre. J’en profite pour prolonger autant que possible ma phase de récupération parce que je sais exactement ce qui m’attend : la fameuse montée du km 17.
Et elle ne pardonne pas.
Mes mollets, qui avaient été particulièrement coopératifs jusque-là, commencent à cramper.
C’est assez rageant parce que, pour le reste, je vais bien. Mes cuisses répondent toujours. Je sens évidemment que j’ai plus de 2 h 30 de course dans les jambes, mais je ne suis pas épuisée. Je n’ai pas cette sensation de fin de course où tout devient soudainement compliqué.
Le problème, ce sont vraiment mes mollets. Et malheureusement, ces crampes vont maintenant m’accompagner jusqu’à la ligne d’arrivée. À cela s’ajoute la chaleur, qui devient de plus en plus difficile à supporter. À ce moment-là, je n’attends plus qu’une chose : retrouver les premières maisons de Millau.
Je sais que les habitants sortent pour nous encourager… et surtout pour nous arroser copieusement au passage. Mais avant ça, il reste encore quelques kilomètres. Et notamment un passage que ma mémoire avait, visiblement, très soigneusement décidé d’effacer depuis 2022 : le chemin de terre.
Un chemin blanc, poussiéreux, éblouissant avec le soleil et surtout complètement irrégulier. Avec les jambes qui commencent à fatiguer, je redouble de vigilance. Ce serait quand même dommage de terminer cette journée avec une cheville en vrac à quelques kilomètres de l’arrivée.
Un peu avant le km 19, excellente surprise : je découvre un point de ravitaillement supplémentaire où les bénévoles distribuent de l’eau. Je ne m’attendais absolument pas à les trouver là et, vu la chaleur, leur présence tombe à pic. Je bois et j’en profite surtout pour passer une nouvelle fois ma tête sous l’eau. Ça fait un bien fou.
Et maintenant : direction Millau.
J’attaque véritablement la descente en essayant de contrôler ma vitesse. Parce que contrairement à ce que l’on pourrait croire, à ce stade de la course, descendre n’est pas forcément synonyme de partie de plaisir. Mes fessiers et mes hanches commencent à me faire mal, les crampes dans les mollets sont toujours là et courir devient franchement désagréable.
Mais je me concentre sur ce qu’il reste.
Km 20.
Km 21.
Km 22.
Je serre les dents et essaie de conserver une allure contrôlée sans marcher. Parce qu’entre-temps, j’ai fait mes petits calculs : passer sous les 3 h 20 est possible. Alors forcément, j’ai envie d’aller le chercher. Sauf que pendant le 22e kilomètre, mes mollets finissent par avoir le dernier mot. Les crampes deviennent trop importantes et je me mets à marcher.
Et immédiatement, mon cerveau fait une association dont je me serais bien passée : ma déchirure au mollet de 2024. Je me souviens beaucoup trop bien de la douleur. Je ne sais même pas, à cet instant, si une succession de crampes peut réellement conduire à une déchirure musculaire. Mais mon cerveau, lui, a déjà fait le rapprochement et refuse désormais de penser à autre chose.
Alors je dois faire un choix. Continuer à serrer les dents pour essayer d’aller chercher ces 3 h 20… ou lever le pied. Et finalement, je ralentis.
C’est frustrant de marcher si près de l’arrivée, surtout lorsque je sais que le chrono est à portée de main. Mais au fond, le travail est déjà fait. Je sais que je vais largement battre mes 3 h 48 de 2022. Je sais surtout que cette course est en train de valider tout ce que j’étais venue chercher. Et je n’ai aucune envie de compromettre les semaines qui suivent pour trois minutes sur un chrono.
Je suis enfin dans une période où je progresse, où je prends du plaisir à m’entraîner et où mon corps répond comme je l’espérais. Hors de question de risquer de repartir dans des semaines de rééducation et de reprise progressive pour avoir absolument voulu grappiller quelques minutes.
Les 3 h 20 attendront.
Après le km 23, je me remets tout de même à courir. Déjà parce que je n’ai aucune envie de franchir cette ligne d’arrivée en marchant.
Mais aussi — soyons parfaitement honnêtes — parce que j’ai tanné Meryl, de l’agence de communication qui m’a trouvé mon logement, pour qu’elle me filme à l’arrivée. Alors il est absolument hors de question de lui offrir une vidéo de moi arrivant tranquillement en marchant. 😂
En revanche, pour mon traditionnel sprint final, on repassera. Cette fois, je cours simplement jusqu’à l’arche. Et je franchis finalement la ligne en 3 h 23’33. Plus de 24 minutes de moins qu’en 2022.
Mais lorsque j’arrête ma montre, ce n’est même pas le chrono auquel je pense.
Je pense à ces derniers mois. À toutes les questions que je me posais encore avant mon opération. Aux courses subies. Aux barrières horaires. Aux abandons. À Perpignan quelques mois plus tôt. À toutes ces séances depuis juillet pendant lesquelles je sentais que quelque chose était enfin en train de changer.
Et là, au milieu de Millau, j’en ai la confirmation.
23,7 km. 450 m de D+. Sept mois et demi après ma sleeve. Et surtout, une course que je n’ai pas subie. Je passe cette ligne d’arrivée le cœur rempli de fierté et de soulagement, et les yeux pleins de larmes de joie. Cette fois, je l’ai vraiment vécue.



Mon bilan après la Course du Viaduc de Millau
Des progrès confirmés en course ?
Quelques jours après la course, je me suis évidemment livrée à mon activité préférée : éplucher mes segments Strava. Et les chiffres confirment très clairement les sensations que j’ai depuis plusieurs semaines à l’entraînement.
Sur cette Course du Viaduc de Millau, j’ai réalisé mes meilleurs temps de 2026 sur 5 km, 10 km, 15 km et 20 km. Mais ce qui m’impressionne encore davantage, c’est de comparer certains de ces temps à mes dernières courses officielles.
Je passe notamment les 10 km en 1 h 23’22, alors que j’avais terminé les 10 km de la Prom’Classic en janvier en 1 h 25’27. Plus parlant encore : je passe la distance du semi-marathon en 3 h 02’36, contre 3 h 03’39 lors de mon dernier semi officiel à Amsterdam en 2023.
Et je pense que l’on sera toutes d’accord sur un point : le profil du semi-marathon d’Amsterdam n’a absolument rien à voir avec les 450 m de D+ de la Course du Viaduc de Millau.
Je cours donc aujourd’hui plus vite que sur mes dernières courses officielles, sur un parcours beaucoup plus exigeant, tout en ayant la sensation de nettement moins subir mon effort et avec un cardio mieux maîtrisé.
C’est probablement la confirmation dont j’avais besoin.
Depuis juillet, je sens à l’entraînement que quelque chose a changé. Mes allures progressent, mes sensations sont meilleures et je récupère bien. Millau me montre que ces progrès ne restent pas cantonnés à mes séances : je suis aussi capable de les retrouver avec un dossard sur le ventre.
Autant te dire que maintenant, j’ai très envie de voir ce que cela peut donner sur un parcours un peu plus roulant. Et ça tombe plutôt bien : les 10 km de Run In Lyon et les 20 km de Paris m’attendent en octobre… 👀
Ma première longue course après la sleeve : ce que j’en retiens
Au-delà des performances, il restait une grosse inconnue avant Millau : comment mon corps allait-il encaisser plus de trois heures d’effort, sept mois et demi après ma sleeve ?
Depuis mon opération, les quantités que je peux manger sont forcément beaucoup plus petites. Sur des efforts aussi longs, je ne peux donc pas simplement compter sur mes repas habituels : le ravitaillement pendant l’effort est devenu un véritable élément de ma pratique sportive.
J’ai consacré une bonne partie de mon été à travailler mon endurance et ma capacité à encaisser les efforts longs, aussi bien à vélo qu’à pied. Mais cet apprentissage ne s’est pas fait uniquement à l’entraînement : j’ai également beaucoup travaillé ma stratégie de ravitaillement.
J’en parle d’ailleurs beaucoup plus précisément dans ma vidéo YouTube « Nutrition sportive après une sleeve : comment je me ravitaille en course à pied et à vélo ».
À Millau, j’ai appliqué exactement ce que j’avais prévu : environ 300 à 400 ml de boisson d’effort par heure et un gel par heure, avec le premier pris après une trentaine de minutes de course. Et pour cette première grosse expérience, le résultat est particulièrement rassurant.
Je n’ai pas terminé déshydratée ou complètement vidée. Je suis restée lucide du premier au dernier kilomètre et mon niveau d’énergie est resté relativement stable malgré plus de trois heures d’effort.
Bon, en revanche, une casquette aurait probablement été une excellente idée avec la chaleur.
Oui, je sais. Je déteste les casquettes. 😂
Et surtout, depuis dimanche, les voyants restent au vert : je récupère bien, je dors bien, je mange et je m’hydrate normalement, et je n’ai qu’une envie… reprendre l’entraînement.
Évidemment, une seule course ne permet pas de tirer des conclusions définitives sur ma pratique sportive après une sleeve. Mais elle répond à l’une des grandes questions que je me posais avant mon opération : oui, mon corps est capable d’encaisser un effort long, à condition de respecter sa progression et de lui apporter ce dont il a besoin pendant l’effort.
C’est une inquiétude de moins.
Et maintenant que l’endurance revient vraiment, il reste un autre chantier : réintroduire progressivement les intensités, que mon organisme avait beaucoup plus de mal à encaisser ces derniers mois.
Retrouver enfin le plaisir de courir
Mais finalement, au-delà de la sleeve, du chrono, des segments Strava et de tous les progrès que cette course semble confirmer, ce n’est même pas ce que je retiens le plus de Millau.
Ce que je retiens, c’est que j’ai enfin retrouvé le plaisir de courir.
Et pas seulement le plaisir de courir à l’entraînement. Le plaisir de participer à une course officielle, avec un dossard, une ligne de départ et une ligne d’arrivée, sans que tout soit parasité par l’angoisse de la barrière horaire.
J’ai préparé cette course sans me poser mille questions. Semaine après semaine, j’ai simplement profité de mes entraînements et de cette sensation assez nouvelle de voir mon corps progresser.
Et le matin de la course, quelque chose m’a presque surprise : j’étais étonnamment sereine.
Pas de panique dans le sas. Pas de scénario catastrophe qui tourne en boucle dans ma tête. Pas cette petite voix qui me demande déjà si je vais réussir à terminer.
J’ai pris le départ. Et j’ai couru.
Oui, c’était difficile physiquement. Évidemment. Une course de 23,7 km avec 450 m de D+ est censée être difficile. Mais c’était une difficulté normale, attendue, que j’étais préparée à affronter. À aucun moment je n’ai connu cette fracture mentale où tout s’effondre. Je ne me suis pas demandé ce que je foutais là. Je ne me suis pas convaincue que je n’allais jamais y arriver. Je n’ai pas passé des kilomètres à lutter contre ma propre tête.
Tout s’est passé avec une sérénité que je n’avais plus connue en course depuis des années.
Ces dernières années, j’avais fini par m’habituer aux crises d’angoisse dans les sas de départ, parfois même en pleine course. À me demander pourquoi je continuais à m’infliger ça. À me demander si j’aimais réellement encore courir ou si je continuais simplement parce que la course à pied faisait partie de mon histoire, de mon travail et de ce que je partageais sur les réseaux sociaux.
Millau m’a apporté ma réponse. Oui, j’aime toujours courir. J’aime toujours préparer une course. J’aime toujours enfiler un dossard. J’aime toujours ce mélange d’effort, de paysages, de rencontres et d’émotions que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Et j’aime toujours cette sensation si particulière lorsque l’arche d’arrivée apparaît enfin devant moi.
Je voulais que la Course du Viaduc de Millau marque la première ligne d’un nouveau chapitre.
Elle aura fait beaucoup mieux que ça. Elle m’a rendu le plaisir de courir. Et finalement, c’était la plus belle chose qu’elle pouvait m’offrir.
Carnet "Mes plus belles courses"
Le carnet de courses est un outil indispensable pour les coureurs passionnés qui souhaitent garder une trace de leurs souvenirs de course. Conçu pour vous permettre d’enregistrer toutes les informations importantes de vos courses, ce carnet est idéal pour ceux qui souhaitent se rappeler des moments forts de leur progression.
Avec une page dédiée pour coller votre dossard, vos photos préférées ou tout autre souvenir, vous ne perdrez plus jamais la trace de vos courses passées. Vous pourrez également écrire des notes sur chaque course, afin de vous souvenir des conditions météorologiques, de vos ressentis ou encore de vos performances.


