SOPK, lipœdème et sleeve : mon parcours vers l’apaisement

Pendant des années, j’ai vécu dans un combat permanent entre prise de poids incontrôlable, errance médicale, troubles du comportement alimentaire, SOPK, lipœdème et profond mal-être psychologique. Après avoir longtemps eu l’impression de lutter seule contre mon corps et contre l’avenir qui m’attendait, la sleeve a marqué un tournant important dans mon parcours de santé. Aujourd’hui, malgré les incertitudes et les maladies chroniques qui restent présentes, je me sens enfin plus apaisée et libre de profiter pleinement de la vie.

Pendant des années, j’ai vécu dans un combat permanent entre prise de poids incontrôlable, errance médicale, troubles du comportement alimentaire, SOPK, lipœdème et profond mal-être psychologique. Après avoir longtemps eu l’impression de lutter seule contre mon corps et contre l’avenir qui m’attendait, la sleeve a marqué un tournant important dans mon parcours de santé. Aujourd’hui, malgré les incertitudes et les maladies chroniques qui restent présentes, je me sens enfin plus apaisée et libre de profiter pleinement de la vie.

Sommaire

Pendant des années, tu m’as vue sourire. Tu m’as vue continuer à avancer, faire du sport, partager, créer du contenu, garder la tête hors de l’eau coûte que coûte. Mais derrière ces sourires de façade, il y avait une réalité que très peu de personnes ont réellement vue.

Ces dernières années ont été extrêmement difficiles. Une prise de poids incontrôlable et inquiétante. Une errance médicale interminable. Des troubles du comportement alimentaire. Du mal-être, de la dépression. Du cyberharcèlement grossophobe. Et surtout cette sensation permanente d’être en lutte : contre mon corps, contre les regards des autres… mais aussi contre moi-même.

Lorsque les diagnostics de SOPK et de lipœdème sont finalement tombés, cela a apporté un certain soulagement. Comprendre que ce n’était pas “juste un manque de volonté” m’a permis de mettre des mots sur ce que je vivais depuis si longtemps. Mais ce soulagement a aussi laissé place à une autre réalité : celle de maladies chroniques, sans solution miracle, avec lesquelles il faudrait apprendre à vivre.

Pendant longtemps, j’ai vécu avec la peur. La peur de continuer à grossir malgré tous mes efforts. La peur de perdre ma mobilité. La peur du diabète de type 2. La peur que les douleurs prennent de plus en plus de place. La peur aussi de perdre ce qui me faisait me sentir vivante : le sport, le mouvement, la liberté, la joie.

Et puis, progressivement, quelque chose a changé.

Aujourd’hui, pour la première fois depuis très longtemps, je me sens apaisée. Pas parce que tout est devenu parfait. Pas parce que mes maladies ont disparu. Mais parce que je n’ai plus l’impression d’être en guerre permanente contre mon propre corps.

Les années où je me battais en silence

Ce que tu voyais… et ce que tu ne voyais pas

Pendant des mois, je me suis battue en silence. Peu de personnes ont pu voir au travers de mon masque (moi la première, j’ai fait l’autruche un long moment). Je souriais, j’étais sociable, je montrais mes entraînements, je postés mon contenu comme si rien n’était.

Mais derrière le vernies, il y avait les failles, les doutes… et surtout la dépression. Il y avait des signes pourtant. Mon obsession à m’entraîner toujours plus dur pour m’aligner sur des courses toujours plus ambitieuses… alors même que mon corps ne suivait pas. Les multiples ruptures amicales. Les dramas incessants. L’impression de n’être à ma place nulle part.

Je me noyais littéralement. J’avais l’impression de me débattre juste pour essayer de survivre, pour ne pas me noyer dans cette noirceur qui menaçait de m’engloutir. Mais de personne l’ont vu. Je ne jette la pierre à personne. Moi, la première, j’ai cru à mes mensonges. Que tout allait bien. Que j’avais pas besoin d’aide. Que c’était “juste” une mauvaise passe. Alors que tout s’effondrait autour de moi. Mes choix professionnels. Mes relations sociales. Mes finances… ma santé mentale.

Trois à quatre années très sombres

À partir de 2019, j’ai eu l’impression de ne faire que de m’enfoncer dans un mal être de plus en plus important. Rien de ce que je mettais en place ne fonctionnait ou n’aboutissait comme je l’aurais voulu. J’étouffais. Je me battais en permanence contre tout et tout le monde. Mais surtout contre moi-même.

J’étais tellement en colère contre moi-même. Je n’arrivais à rien. J’enchaînes les échecs. Autant de courses que je n’arrivais pas à finir. Autant de kilos dont je n’arrivais pas à me débarrasser. Autant de relations qui ne menaient à rien. Autant de mois où je fermais les yeux sur mon découvert.

Plus les jours passaient, plus je m’enfonçais dans une spirale destructrice. Je vais être honnête, je me suis faite très peur pendant cette période; tant j’avais l’impression que mes efforts ne servaient à rien. Et pourtant, j’avais cette intime conviction que si j’arrêtais d’essayer, je ne serais jamais capable de me relever. J’avais vraiment peur de ce qui pourrait se passer si j’arrêtais d’essayer.

Alors j’ai continué à me battre pour garder la tête hors de l’eau et ne pas me noyer dans ce mal-être constant dans lequel je vivais.

Quand le regard des autres devient une violence

Comme si ce que je vivais déjà n’était pas suffisant, il m’a fallu résister à un autre type de violence : un cyber-harcèlement grossophobe. Cela a commencé par quelques remarques désagréables certes, mais isolées. Puis, à mesure que j’ai pris du poids, c’est devenu plus fréquent… et plus organisé.

Je recevais des insultes tous les jours. J’étais moquée tous les jours. Cela ne s’arrêtait jamais. Tout cela parce que j’étais une influenceuse sport en surpoids. Et ceux qui disent que je n’avais qu’à pas m’exposer font partie du problème. Parce que ce que j’ai vécu était d’une violence inouïe. Peu aurait supporté ce que j’ai eu à supporter. Beaucoup se seraient effondrés.

Jamais je n’avais pensé avant de me lancer sur les réseaux, que je vivrais tout ça. Je n’aurais jamais pensé que j’aurais à côtoyer cette face sombre de l’humanité. Malgré moi, cela a façonné une partie de mon identité : celle qui résiste contre la grossophobie stupide des réseaux sociaux, mais aussi de la société.

Assez bizarrement depuis que l’opération est passée, cette violence a sacrément diminué. Même si tant que je n’étais pas passée sur le billard, on m’a accusée de mentir et de chercher le buzz pour faire des vues sur les réseaux.

Au-delà de la violence des mots sur mon corps, à un moment où moi-même je le détestais de me trahir ainsi, ce qui a été le plus brutal, ce sont les accusations constantes envers la personne que j’étais. Ou qu’ils pensaient que j’étais. Tout ce que je disais ou faisais était passé au crible, décortiqué, analysé… et surtout interprété de manière totalement tordue. Au point où j’en suis venue à demander si ce n’était pas moi qui avait un problème d’interprétation de la réalité, à demander qui j’étais vraiment et pourquoi je faisais tout ça… Et même si j’aimais encore courir ou si je faisais tout ça juste pour les réseaux, parce que c’était devenu. mon métier.

Quand mon corps est devenu un champ de bataille

Une prise de poids que je ne comprenais pas

Tout est parti de cette prise de poids que je ne comprenais pas… et que rien ne semblait pouvoir arrêter.

Les premiers kilos me paraissent logiques : lancement de ma micro-entreprise, nouvelle relation amoureuse avec quelqu’un qui aimait beaucoup la “bonne bouffe” et les apéros, pose d’un stérilet… Bref, une période stressante avec moins de temps pour moi, plus de sédentarité et une alimentation bien trop grasse et calorique.

Et j’ai mis des choses en place : prise de rendez-vous avec une diététicienne pour rééquilibrer mon alimentation, aménagement de mon emploi du temps pour retrouver du temps pour le sport… Bref, la stratégie classique… qui n’a jamais fonctionné. Depuis 2019, je n’ai eu de cesse de prendre du poids par pallier. Et ce, malgré tous mes efforts.

D’un côté, il m’a fallu apprendre à faire la paix avec mes nouvelles rondeurs, ce nouveau corps “gros”. De l’autre, j’ai dû accepter de nouvelles limites. Je perdais le contrôle sur mon nouveau corps… et sur ce qu’il était capable de faire. Un jour, je courais un marathon sans avoir de courbatures le lendemain, et j’explosais tous mes chronos sur toutes les distances… Le lendemain, je ne passais plus les barrières horaires et j’enchaînais les DNF.

Je ne contrôlais plus rien, je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Et pourtant ce n’est pas faute d’avoir essayé.

L’errance médicale

Dès l’instant où j’ai commencé à prendre du poids, j’ai demandé de l’aider aux professionnels de santé. D’abord une diététicienne, et une autre. Puis mon médecin généraliste. Puis un endocrinologue… Et tout un tas de spécialistes. Pour essayer de comprendre ce qu’il se passait avec mon corps. Pour essayer de comprendre pourquoi “manger moins et bouger plus” ne m’aidait pas à maigrir.

Et je me suis faite balader. J’ai eu énormément de difficultés à trouver des pros de santé qui m’écoutent. Et surtout qui me croient quand je disais bien manger et faire du sport. Je me souvient parfaitement de cette diététicienne qui m’a accusé de mentir sur le respect de mon programme alimentaire et qui en guise de “punition” m’a supprimé tous les glucides. Ou de ce généralistes qui m’a lâché que si je faisais vraiment de la course à pied et de la musculation, je ne serais pas comme “ça”.

Je demandais de l’aide. Mais personne ne m’écoutait. Après le cyber-harcèlement grossophobe, je découvrais la grossophobie médicale… et l’errance médicale associée.

Hyperphagie et restriction cognitive

Je me sentais très seule, impuissante… et attaquée de toute part sur les réseaux. Je me suis pas mal isolée, et j’ai arrêté de chercher de l’aider du côté des pro de santé. J’avais intégré que si je ne perdais pas de poids, c’est que je n’étais pas en déficit calorique…J’ai commencé à faire la chasse aux calories. À celles que je dépensais et à celles que je consommais.

Je ne m’entraînais plus pour progresser en course à pied et préparer mon prochain dossard. Je m’entraînais pour brûler des calories. Beaucoup de cardio, des séances d’endurance à jeun, du HIIT.. Et à côté de cela, j’ai commencé à diminuer les glucides, d’abord le soir… puis à midi. Puis à faire sauter la banane avant le sport pour la remplacer par trois fraises. Puis à essuyer l’huile d’olive dans mon poêle avec un soupalin afin de faire cuire mes légumes… Puis à tout peser pour tout noter dans mon application de calories pour m’assurer que je ne dépassais pas les 1200 calories par jour…

Doucement, je suis basculée dans une restriction cognitive assez importante : je ne perdais pas de poids = je n’étais pas assez disciplinée = certains aliments m’étaient interdits.

Sauf que cette rigidité alimentaire a eu lieu en même temps que ma dépression. J’ai commencé à développer des crises d’angoisse. J’ai commencé à ne plus être capable de gérer les vagues d’émotions que je pouvais ressentir… et j’ai (re)commencé à faire des crises d’hyperphagie.

Je partais en crise à la moindre contrariété, la moindre dispute, la moindre inquiétude…. et je vidais mes placards sans être capable de m’arrêter. Et pour compenser ces crises, derrière j’étais encore plus rigide sur mon alimentation et sur mes apports caloriques. Plus j’étais rigide sur mon alimentation, plus mes crises d’hyperphagie étaient fréquentes et importantes… Et plus j’avais de crises, plus je renforçais mes restrictions et ce que je prenais pour de la discipline alimentaire.

Le cercle vicieux hormonal et métabolique

Sauf que cette alternance de restriction et d’hyperphagie a eu un impact plus que délétère sur mon métabolisme et mon équilibre hormonal… Cela n’a fait qu’accroître les symptômes liés à mon SOPK et mon lipoedème. Et donc faire flamber mon poids. Sauf qu’à cette période-là, je ne savais pas que j’avais un SOPK et un lipoedème. Tout ce que je voyais, c’est que ma prise de poids s’accélérait. Et que rien ne semblait l’arrêter.

Je n’avais absolument pas conscience d’une part de la toxicité de mon comportement vis à vis de mon alimentation et de ma pratique sportive… et d’autre part du cercle vicieux hormonal et métabolique que j’étais en train de créer avec cette alternance de restrictions et d’hyperphagie. Je n’avais pas conscience que j’étais tout simplement en train de détruire ma santé physique ET mentale.

Tout ce que je voulais, c’était enfin atteindre ce fameux déficit calorique dont on m’avait promis qu’il me ferait maigrir.

Mettre enfin des mots sur ce qui m’arrivait

Les diagnostics de SOPK et de lipœdème

Pendant presque deux ans, j’ai arrêté mon suivi diététique qui ne servait à rien d’autre que vider mon compte en banque. Pour enfin être suivie par une psychologue parce que j’avais enfin accepté que je n’allais pas bien. Et que finalement essayer de perdre du poids me détruisait plus qu’autre chose.

Ce n’est qu’après 18 mois de suivi très régulier, que j’ai enfin repris rendez-vous avec une nouvelle diététicienne en me disant que c’était ma dernière tentative. Et qu’après j’abandonnais. Parce que je voulais vivre au lieu de survivre. Parce que je voulais voyager au lieu de compter les euros restants à la fin du mois à force de payer pour des diètes.

Sans le savoir, j’ai rencontré LA personne qu’il fallait au bon moment. Je ne sais pas à quel point elle se rend compte de l’importance qu’elle a eu dans mon parcours. Ni du bien qu’elle m’a fait. Car pour la première fois, on m’écoutait. Et surtout on cherchait vraiment des réponses. J’ai eu mon premier rendez-vous avec elle début juillet 2024. En octobre, elle m’orientait vers une gynécologue de son carnet d’adresse, début décembre, j’étais diagnostiquée de mon SOPK et de ma résistance à l’insuline.

Le lipoedème viendra plus tard en mai 2025.

Mais en trois mois, cette diététicienne a su trouver le coeur du problème, m’enlevant au passage un poids immense de culpabilité que je portais sur les épaules. Jusqu’à présent, je pensais que j’étais à l’origine de mes problèmes de poids… et que si je ne maigrissais pas, c’était de ma faute. Effectivement, il y avait des choses que je ne faisais pas correctement mais sans diagnostics, difficile de mettre en place la bonne stratégie.

Le soulagement de comprendre

Vraiment apprendre que j’avais deux pathologies hormonales à l’origine de mes problèmes de poids a été un soulagement. Non pas que je sois ravie d’être “malade”. Mais au moins, je comprenais enfin ce qu’il se passait dans mon corps. Et surtout ce n’était PAS de ma faute.

Je me suis allégée d’un poids immense de savoir que non, je ne manquais pas de discipline. Oui, je mangeais équilibrée et en quantités adaptées. Oui, je faisais assez de sport. Mais il y avait quelque chose dont je n’avais pas connaissance et contre lequel je ne pouvais pas lutter. Et de nouveau, ce n’était pas de ma faute.

J’ai aussi compris que mon corps ne m’avait jamais trahi. Au contraire, il avait fait du mieux qu’il pouvait dans un contexte de déséquilibre hormonal et d’inflammation… que j’avais accentué avec la pression que je me mettais, le surentraînement, la dépression et les TCA.

Et qu’avant même de vouloir perdre du poids, je devais m’apaiser. Ralentir le rythme et arrêter de me mettre la pression. Parce que cela me détruisait à la fois physiquement et mentalement.

La réalité des maladies chroniques

Mais après le soulagement, est venue la colère. La colère d’avoir dû attendre autant de temps avant de tomber sur un professionnel de santé à l’écoute et qui m’aide vraiment à avancer dans mon parcours de soin. Avec toujours les mêmes questions en tête : et si j’avais été écoutée plus tôt, aurais-je connu la dépression, les TCA ? Aurais-je eu autant de problème de poids ? Aurais-je pu éviter la sleeve ? Aurais-je pu m’éviter tout ça tout simplement ?

Et surtout, pourquoi ne m’a-t-on pas écouté ?

Après les questions (restées sans réponse), il y a eu aussi l’acceptation. L’acceptation que j’allais devoir vivre avec deux pathologies hormonales, sur lesquelles je n’ai que peu de contrôle… et pour lesquelles il n’existe pas de traitement curatif à l’heure actuelle. Ba oui, pourquoi se préoccuper de la santé des femmes, grosses qui plus est ?

Alors oui, ce n’est pas un cancer. Oui, ce ne met pas ma vie en danger. Malgré tout, cela fait partie de moi… et cela fera partie de moi jusqu’à ma mort. Il n’y aura pas de période de répit. Parce que chaque flambée hormonale, chaque moment de moins bien, chaque moment où je ferais moins attention, les symptômes reviendront. Que ce soient les douleurs liées au lipoedème, ou la résistance à l’insuline avec le SOPK…

Tout ce que je mets en place n’est pas définitif… malheureusement.

Les peurs pour l’avenir (diabète, mobilité, fertilité, douleurs)

Même si les diagnostics ont mis des mots sur mes maux, ils ont aussi mis des mots sur des peurs. Avant, j’avais peur de ne pas être capable d’enrayer la prise de poids jusqu’à ce qu’elle ait un réel impact sur ma santé physique et ma mobilité.

Je voyais déjà que je commence à être limitée dans certains mouvements, notamment à cause de mon ventre. J’étais inconfortable sur le vélo, me pencher en avant devenait compliqué, certains mouvements à la danse ne passaient tout simplement pas. Je voyais également que le sport (hormis la natation) devenait de plus en plus dur, et ce malgré tout ce que je pouvais mettre en place. J’avais vraiment peur de me voir régresser au point de ne plus être capable d’aller courir… ou de faire une randonnée en montagne.

Et puis, avec le SOPK et le lipoedème diagnostiqués, j’ai compris que ma prise de poids entretenait un cercle vicieux entre inflammation, déséquilibre hormonal… et accentuation de mes symptômes. En gros, plus je prenais du poids :

  • plus je risquais de rencontrer des difficultés à tomber enceinte
  • plus ma résistance à l’insuline avait de chances d’évoluer vers un diabète de type 2
  • plus cela accentuait l’inflammation de bas grade et les douleurs liées au lipoedème
  • plus cela accentuait le déséquilibre hormonal, renforçant ainsi le cercle vicieux

La perte de poids est devenu un enjeu de santé. Bon, elle l’est déjà. Mais l’objectif n’était plus de maigrir pour éviter de potentielles pathologies liées au surpoids et retrouver une aisance dans ma pratique sportive… L’objectif était d’arriver à contrôler mon SOPK, ma résistance à l’insuline et mon lipoedème avec des risques bien concrets (et non plus hypothétiques) pour les 5/10 années à venir.

Un tournant dans mon parcours de santé

Une étape importante : la sleeve

La première fois que l’on m’en a parlé, j’ai totalement rejeté l’idée tellement cela me paraissait extrême et inadapté à ma situation. Le déficit calorique n’avait jamais fonctionné, en quoi réduire mon estomac pourrait-il être efficace ? Puis, j’avais lutté tellement fort pour sortir de la restriction cognitive et des TCA, que je n’envisageais pas de manière sereine la restriction mécanique liée à la réduction de mon estomac.

Vraiment, cette opération me faisait peur. J’avais besoin de réponses. Je suis rentrée dans le parcours, d’abord avec l’idée de me conforter dans ma position de ne pas la faire. Puis, je suis tombée sur des professionnels de santé bienveillants, à l’écoute, qui ont pris le temps de répondre à toutes mes questions, sans jugement… et surtout sans m’imposer quoi que ce soit.

Pour une fois, je n’étais pas infantilisée. Pour une fois, j’étais maîtresse de mon parcours et de mes choix. J’ai eu mes rendez-vous avec le chirurgien, j’ai fait mes examens médicaux dont les résultats ont montré que tous mes efforts passés autour du sport et de l’alimentation avaient eu un impact concret sur ma santé physique, j’ai fait ma semaine de préparation avec d’autres futures opérées.

Cela m’a permis de comprendre que l’opération était bien plus qu’une réduction de l’estomac, et donc une restriction calorique extrême. Qu’avec mon SOPK, cela pouvait vraiment m’être bénéfique dans la gestion de mes symptômes métaboliques… Et que dans le cadre de mon parcours, cela pouvait être une solution.

Cependant, si rationnellement je savais que c’était la bonne décision à prendre, j’ai malgré tout eu quelques inquiétudes sur le post-opératoire immédiat, les difficultés alimentaires… et la reprise sportive jusqu’au jour même de l’opération. Ce n’est pas pour rien que le matin même, j’allais courir. Une dernière fois… au cas où.

Un changement que je ressens profondément

Et me voilà aujourd’hui, à trois mois post-sleeve. Totalement sereine, apaisée… et reconnaissante. Reconnaissante parce que tout s’est bien passé. Reconnaissante parce que j’ai un post-opératoire bien plus doux et facile que ce que j’avais appréhendé. Reconnaissante de voir à quel point mon corps a été capable d’encaisser cette opération… et de s’en remettre extrêmement rapidement.

On me dit que je suis une battante… Mais si tu savais le bien que cela fait de ne plus avoir à me battre constamment, contre tout et contre tout le monde. De savoir que la “guerre” est enfin terminée. Et que je peux déposer les armes, pour enfin souffler. Forcément, je me sens plus calme, plus apaisée… plus légère.

Pendant plus de 5 ans, il m’a fallu ne pas lâcher. Ne pas m’effondrer. Ne pas me noyer. J’ai dû être forte. J’ai dû serrer les dents, et constamment trouver des solutions face aux difficultés. Rien n’était simple. Rien ne fonctionnait du premier coup. Je devais toujours encaisser et faire toujours plus d’efforts sans jamais ne voir de résultats positifs. Et là, ça y est. Tout déroule facilement. Je n’ai plus à me battre. Je n’ai plus à être constamment sur le pied de guerre pour que les choses avancent dans mon sens. Je ne suis plus en lutte permanente.

Retrouver de la liberté dans mon corps

L’une de mes craintes suite à l’opération était d’être limitée dans ma pratique sportive. À cause d’une alimentation trop limitée, à cause de la fatigue… Le chirurgien m’avait prévenu que c’était un “risque”. Je savais que je faisais cette opération pour ma santé. Mais j’espérais de tout coeur que cela ne m’oblige pas à arrêter la course à pied, le vélo ou le triathlon.

Heureusement, mes craintes ne se sont pas réalisées. À l’heure où j’écris ces lignes, je suis à 3 mois et demi post-op, deux mois et demi de reprise sportive… et tout va bien. Bien sûr, j’ai quelques limites. Mais rien qu’un peu de patience et de progressivité dans l’entraînement ne saurait surmonter.

Sincèrement, ma reprise sportive se passe en douceur. Je dois faire attention à mon alimentation autour et pendant l’effort pour éviter de me cramer. Mais je suis capable de courir, de pédaler, de nager… Je retrouve ce plaisir de m’entraîner, et surtout de voir le résultat de mes efforts. Pendant des années, je me suis entraînée sans avoir aucun progrès. Et là enfin, cela fonctionne. Je me sens beaucoup plus libre dans mon corps. Moins gênée par mon ventre sur le vélo. Moins en difficulté à chaque bosse… J’espérais des résultats plus rapides sur le cardio, mais on ne peut pas tout avoir…

Une chose est sûre, je peux commencer à me projeter plus sereinement. D’abord retrouver une condition physique. Parce que même si la reprise se passe bien, je dois quand même faire les choses dans le bon ordre. Puis, recommencer à regarder du côté des courses et retrouver le plaisir de me challenger avec des dossards.

La suite de l’histoire : entre lucidité et espoir

Les risques et les incertitudes

Je viens de passer la période critique des trois premiers mois où j’avais le plus de risques de développer des complications, comme les fistules (une mauvaise cicatrisation interne qui nécessite de ré-opérer pour bien refermer la suture), la dénutrition et les carences nutritionnelles, la fonte musculaire et la fatigue… J’ai eu la chance “d’échapper” à tout ça. Je n’ai eu aucune complication, et mon post-opératoire est plus que doux.

Malgré tout, je suis lucide. J’ai bien conscience des risques de reprise de poids. La chirurgie bariatrique n’est pas une baguette magique qui résous les problèmes de poids indéfiniment. Il arrive malheureusement que les personnes opérées reprennent du poids. Soit à cause d’une dilatation de l’estomac, soit à cause du grignotage ou d’autres petites mauvaises habitudes alimentaires. Il existe également des complications potentielles comme les reflux gastriques qui peuvent apparaître des années après.

Tout ça, je le sais. C’est dans un coin de ma tête. Mais je refuse de m’empoisonner l’existence à craindre quelque chose qui pourra PEUT-ÊTRE arriver dans plusieurs années.

Une chose est sûre, je vais continuer à faire ma part. À avoir un mode de vie cohérent avec l’opération pour éviter au maximum les risques de reprise de poids. La chirurgie bariatrique, c’est un outil, un coup de pouce pour t’aider à lancer la machine, et à enclencher une perte de poids bénéfique pour ta santé. Mais si derrière, les actions ne suivent pas, ce sera un échec à coup sûr.

Accepter que tout ne dépend pas de moi

Cependant, même si je fais au mieux pour avoir un mode de vie cohérent avec mes pathologies, tout ne dépend pas de moi. La chirurgie bariatrique ne soigne pas le SOPK et le lipoedème. Elle contourne de manière temporaire les symptômes métaboliques du SOPK, et n’a absolument aucun effet sur le lipoedème.

Il me faudra faire attention toute ma vie à essayer de contenir l’un comme l’autre. À avoir une alimentation anti-inflammatoire pour réduire au maximum l’inflammation de bas grade. Ne pas me laisser submergée par le stress. À pratiquer une activité physique régulière, tout en faisant extrêmement attention à ma récupération entre deux entraînements… C’est énormément de charge mentale.

Malgré tout, le SOPK et le lipoedème peuvent échapper à mon contrôle. Parce que ce sont encore deux pathologies dont on ne sait que peu de choses finalement. Et encore moins comment les soigner. Tant que les choses resteront ainsi, je devrais vivre avec. Et faire au mieux. La seule différence, c’est que je sais ce qu’il se passe dans mon corps. Je n’aurais plus à vivre avec cette incompréhension qui m’a détruite pendant mes cinq années d’errance médicale.

Le plus compliqué finalement est d’apprendre à lâcher prise. Parce qu’il y aura toujours des choses sur lesquelles je n’aurais jamais aucun contrôle, malgré tous mes efforts, et le SOPK et le lipoedème en font partie. Je peux juste avoir un mode de vie cohérent et espérer le meilleur.

Choisir de vivre le présent

Malgré cette incertitude liée au SOPK et au lipoedème, malgré les risques de reprise de poids d’ici quelques années, je choisis de vivre dans le présent. Les risques sont dans un coin de ma tête, je vais continuer à faire ce qu’il faut pour que les probabilités soient en ma faveur. Mais je refuse de me pourrir une nouvelle fois la vie (et ma santé mentale) avec des “risques” qui peuvent potentiellement arriver dans quelques années.

J’ai passé 5 ans à me battre. Et j’ai enfin gagné cette bataille. Le petit soldat que je suis a besoin de profiter de ces quelques années plus douces qui s’ouvrent pour souffler et se reposer afin d’éventuellement repartir au combat. Je n’ai pas envie d’être sur le pied de guerre à attendre quelque chose qui va peut-être (mais peut-être pas) arriver. Et passer à côté de l’instant présent.

Je veux vivre, je veux respirer.

Je serais prête à affronter les difficultés si elles arrivent. Mais avant, je vais vivre et profiter à fond. Retrouver ce plaisir de bouger, d’accrocher un dossard, de découvrir de nouveaux paysages. Je vais aussi ré-apprendre à faire confiance. Me relever financièrement. Aimer. J’ai perdu trop d’années à me battre contre moi-même, à essayer de garder la tête hors de l’eau… et à être définie par mon surpoids, qu’aujourd’hui, je veux juste laisser le sujet de côté. Je ne veux plus passer à côté de ma vie. D’étouffer à cause de mes problèmes de poids et de santé. Et cette opération me permet de respirer à nouveau. Enfin.

Aujourd'hui, je ré-apprends à respirer

 

Si tu aimes cet article, épingle-le ! ⬇️

Laisser un commentaire