Pourquoi a-t-on mal aux fesses à vélo… même avec un bon cuissard ?

Avoir mal aux fesses à vélo peut s’expliquer par la pression exercée sur les ischions, les frottements, une selle inadaptée, la position sur le vélo ou simplement une augmentation importante du temps passé à pédaler. Même un bon cuissard de vélo ne suffit pas toujours à éviter les douleurs si la selle ne correspond pas à tes appuis ou si certains réglages modifient la répartition des pressions. Pour ne plus avoir mal aux fesses à vélo, il faut donc commencer par identifier le type de douleur avant d’agir sur le matériel, la position ou la progressivité des sorties.

Sommaire

Tu as acheté un bon cuissard de vélo. Celui avec une vraie peau de chamois, suffisamment épaisse pour te donner l’impression de porter une couche lorsque tu marches jusqu’à ton vélo. Tu as compris qu’il ne fallait surtout pas mettre de culotte dessous. Tu as même investi dans une selle qui promettait davantage de confort.

Et pourtant, après deux ou trois heures à pédaler, le constat reste exactement le même : tu as mal aux fesses à vélo.

Au début, tu t’es peut-être dit que c’était normal. Qu’il fallait simplement que tes fesses « s’habituent à la selle », comme semblent le répéter tous les cyclistes qui ont mystérieusement oublié leurs premières sorties.

Sauf que les kilomètres passent et que cette douleur sur la selle du vélo est toujours là. Parfois au niveau des ischions, parfois sous la forme d’un échauffement particulièrement désagréable et parfois à un endroit que nous qualifierons pudiquement de beaucoup trop proche du périnée pour avoir envie de continuer à pédaler tranquillement.

Alors forcément, tu commences à regarder ta selle avec méfiance.

Est-elle trop dure ? Trop étroite ? Est-ce qu’il faudrait une selle plus rembourrée ? Un cuissard encore meilleur ? Une crème anti-frottement ? Ou simplement accepter que faire du vélo implique forcément d’avoir mal aux fesses ?

Heureusement, non.

Parce que le confort à vélo ne dépend pas uniquement de la quantité de mousse placée entre tes fesses et ton vélo. La selle, le cuissard, ta position, la répartition des points de pression et même la progressivité de tes sorties peuvent tous jouer un rôle dans l’apparition des douleurs.

Et surtout, derrière l’expression très générale « mal aux fesses à vélo » peuvent se cacher des problèmes assez différents.

Une douleur au niveau des ischions n’a pas forcément la même origine qu’une irritation provoquée par les frottements ou qu’un engourdissement du périnée. Et avant de commander ta quatrième selle de vélo confortable en espérant enfin trouver la bonne, il peut être utile de commencer par comprendre où tu as mal et pourquoi.

Pourquoi a-t-on mal aux fesses à vélo ?

Pour comprendre pourquoi tu peux avoir mal aux fesses à vélo, il faut commencer par regarder ce qui se passe réellement lorsque tu t’installes sur ta selle.

Contrairement à ce que l’expression laisse penser, tu ne poses pas simplement « tes fesses » dessus. Une partie de ton poids repose notamment sur deux os situés dans la partie inférieure du bassin : les tubérosités ischiatiques, plus communément appelées ischions. Tu peux d’ailleurs assez facilement les sentir lorsque tu t’assois sur une surface dure : ce sont les deux points osseux qui viennent prendre appui.

Sur un vélo, ces ischions ont justement vocation à supporter une partie de la pression exercée sur la selle. Mais ils ne sont évidemment pas seuls : entre ton bassin et ta selle se trouvent également de la peau, du tissu adipeux, des muscles, des vaisseaux sanguins, des nerfs et les tissus de la région périnéale.

Et tout ce petit monde va devoir cohabiter avec une selle pendant parfois plusieurs heures.

Lorsque tu pédales, ton corps exerce donc une pression sur une surface relativement petite, à laquelle viennent s’ajouter les mouvements répétés du bassin et des jambes. Selon ta position, la forme et la largeur de ta selle ou encore ta morphologie, cette pression ne sera pas répartie exactement de la même manière.

Plus tu restes longtemps en selle, plus tes différents points d’appui sont sollicités.

C’est aussi pour cette raison que tu peux parfaitement te sentir très bien pendant les trente premières minutes d’une sortie et commencer à chercher désespérément une excuse pour te mettre en danseuse deux heures plus tard.

Mais surtout, toutes les douleurs de selle à vélo ne viennent pas des mêmes structures ni des mêmes mécanismes.

Lorsque tu dis « j’ai mal aux fesses à vélo », tu peux en réalité parler d’une douleur située directement sous les ischions, d’un échauffement de la peau provoqué par les frottements, d’une irritation, d’une pression désagréable sur les tissus mous ou encore d’un engourdissement au niveau du périnée.

Et cette distinction est importante. Parce qu’avant de chercher comment ne plus avoir mal aux fesses à vélo, encore faut-il commencer par identifier où tu as mal.

Toutes les douleurs aux fesses à vélo ne se ressemblent pas

J'ai mal au niveau des ischions

C’est probablement la douleur de selle à vélo la plus facile à identifier.

Tu descends de ton vélo et tu as l’impression que les deux os sur lesquels tu étais assise pendant toute ta sortie viennent de te rappeler leur existence. Et c’est effectivement plus ou moins ce qui s’est passé.

Tes ischions constituent deux des principaux points d’appui sur la selle. Ils supportent donc une partie de ton poids et des contraintes mécaniques pendant que tu pédales.

Cette zone peut être particulièrement sensible lorsque tu débutes le vélo, que tu reprends après une longue pause ou que tu augmentes brusquement ton temps passé en selle. Passer d’une sortie d’une heure à quatre heures de vélo ne représente pas uniquement un nouveau défi pour tes jambes : tes points d’appui doivent eux aussi supporter cette contrainte pendant beaucoup plus longtemps.

Mais la durée de ta sortie n’est pas la seule explication possible.

La manière dont la pression est répartie sur la selle dépend de nombreux facteurs, notamment de sa forme et de sa largeur, de sa hauteur, de ta position sur le vélo ou encore de la position de tes mains.

Une douleur aux ischions à vélo ne signifie donc pas automatiquement que ta selle est « trop dure ».

Nous verrons d’ailleurs un peu plus loin pourquoi ajouter toujours plus de rembourrage sous tes fesses n’est pas nécessairement la solution.

J'ai des échauffements ou des irritations

Autre scénario : tes os ne te font pas particulièrement souffrir, mais ta peau, elle, commence sérieusement à protester.

Picotements, sensation de brûlure, rougeurs, irritation à l’intérieur des cuisses ou au niveau des zones en contact avec la selle…

Ici, nous ne sommes plus uniquement face à un problème de pression.

Imagine ce qui se passe pendant une sortie estivale de trois heures : ta peau est chaude, elle transpire et elle effectue des milliers de mouvements au contact de ton cuissard et de ta selle.

Le cocktail idéal pour créer des frottements.

C’est également dans cette catégorie que l’on retrouve ce que les cyclistes anglophones appellent les « saddle sores ». Le terme regroupe différentes lésions qui peuvent apparaître au niveau des fesses, de l’intérieur des cuisses ou de la région génitale : irritations, boutons, folliculites ou parfois lésions plus importantes.

C’est ici que ton cuissard de vélo peut avoir une vraie importance.

Un textile qui bouge, une peau de chamois mal positionnée, des coutures placées exactement au mauvais endroit ou un cuissard dans lequel tu baignes après trois heures sous 30 °C peuvent favoriser les frottements.

Et non, avoir régulièrement la peau à vif après tes sorties ne constitue pas davantage un rite initiatique obligatoire pour devenir cycliste.

J'ai mal ou je ressens une pression au niveau du périnée

Et puis il existe une troisième catégorie dont nous parlons probablement moins facilement autour d’un café après une sortie : la douleur vulvaire et périnéale à vélo. Pourtant, chez les femmes qui roulent, le sujet mérite largement sa place dans la conversation.

Lorsque ton bassin repose sur la selle, toute la pression ne s’exerce pas nécessairement sur tes ischions. Une partie peut également être supportée par les tissus mous situés plus en avant, notamment au niveau du périnée et de la vulve.

La répartition de ces pressions peut notamment varier avec la position adoptée sur le vélo, les réglages et la conception de la selle. Les études réalisées chez les femmes montrent également que certaines positions plus inclinées vers l’avant peuvent déplacer davantage les appuis vers les structures antérieures du bassin.

Cela peut se traduire par une sensation de pression, une douleur, une sensibilité vulvaire ou parfois un engourdissement génital. Ces symptômes sont suffisamment décrits chez les cyclistes féminines pour avoir fait l’objet de plusieurs travaux spécifiques. Et il y a justement un point sur lequel j’aimerais insister : un engourdissement du périnée ou de la vulve n’est pas quelque chose que tu dois simplement apprendre à supporter.

Quand une zone devient engourdie, le problème n’est plus seulement d’avoir « un peu mal aux fesses ». Une pression prolongée peut concerner les structures nerveuses et vasculaires de la région périnéale.

Cela ne signifie évidemment pas que le vélo est dangereux pour ton périnée ni qu’un épisode ponctuel annonce une catastrophe. En revanche, si tu ressens régulièrement des engourdissements, une douleur importante ou des symptômes qui persistent après être descendue du vélo, mieux vaut ne pas les banaliser et chercher ce qui provoque cette pression, voire en parler à un professionnel de santé si nécessaire.

Et surtout, ne commande pas immédiatement la première selle de vélo avec un énorme trou au milieu en pensant avoir trouvé la solution. La relation entre la forme de la selle et la pression périnéale est beaucoup plus complexe qu’elle n’en a l’air : certaines études réalisées chez des femmes ont même observé des pressions périnéales plus importantes avec certaines selles ajourées.

Est-ce normal d'avoir mal aux fesses quand on commence le vélo ?

Si tu as déjà parlé de tes douleurs aux fesses à vélo avec quelqu’un qui roule depuis longtemps, tu as probablement entendu une variante de cette réponse : « C’est normal, il faut te faire les fesses. »

Formulation délicieuse, mais pas complètement dénuée de vérité.

Lorsque tu commences le vélo, que tu reprends après plusieurs mois sans rouler ou que tu augmentes fortement la durée de tes sorties, tes points d’appui sont soumis à des contraintes auxquelles ils ne sont pas forcément habitués.

Tu peux donc ressentir une sensibilité au niveau des ischions, notamment après tes premières sorties longues. Et ce n’est finalement pas très surprenant : passer trois heures assise sur une selle constitue une exposition bien différente de celle d’une sortie de quarante-cinq minutes.

Avec une pratique régulière et progressive, cet inconfort peut diminuer. C’est probablement de là que vient cette fameuse idée selon laquelle les fesses doivent s’habituer à la selle.

Oui, tes fesses peuvent avoir besoin d'un temps d'adaptation

Le problème commence lorsque nous utilisons cette explication pour justifier absolument toutes les douleurs.

Parce qu’il existe une différence importante entre : avoir les ischions un peu sensibles après une durée de vélo inhabituelle et passer chaque sortie à souffrir sur sa selle en attendant que son corps finisse miraculeusement par capituler.

Si tu reprends le vélo après l’hiver et que tes fesses sont sensibles après ta première sortie de deux heures, puis que cette sensation diminue progressivement au fil des sorties, il peut simplement s’agir d’une adaptation à cette nouvelle durée passée en selle.

Même chose si ton plus long trajet était jusqu’ici de 30 kilomètres et que tu viens soudainement d’en parcourir 80 : tes jambes ne sont pas les seules à découvrir le concept de progressivité.

Tes points d’appui aussi.

En revanche, si tu ressens exactement la même douleur à chaque sortie, qu’elle apparaît très rapidement, qu’elle est particulièrement intense ou très localisée, attendre encore quelques centaines de kilomètres n’est probablement pas la stratégie la plus pertinente.

Toutes les douleurs ne disparaîtront pas simplement en roulant davantage

Il y a surtout certains symptômes que je ne rangerais pas dans la catégorie « mes fesses doivent s’habituer » : une irritation qui revient systématiquement au même endroit, une plaie, une douleur périnéale importante, une douleur toujours située d’un seul côté ou encore des engourdissements de la vulve ou du périnée.

Dans ces situations, continuer à accumuler les kilomètres risque surtout de continuer à reproduire le problème.

La distinction que je garderais est donc assez simple :

Une gêne modérée des points d’appui, apparue après une reprise ou une augmentation inhabituelle du temps passé en selle et qui diminue progressivement avec l’adaptation : tes fesses ont peut-être effectivement besoin d’un peu de temps.

Une douleur systématique, importante ou très localisée, des engourdissements, une irritation persistante ou une lésion : il faut probablement chercher autre chose que « roule davantage ».

Et cette nuance est particulièrement importante lorsque tu commences à allonger tes sorties. Parce que la progressivité à vélo ne concerne pas seulement ton cardio ou tes cuisses. Tes tissus doivent eux aussi s’habituer progressivement à passer davantage de temps sur la selle.

Alors oui, dans certaines situations, le conseil « roule, ton cul va s’habituer » contient un petit fond de vérité. Mais si après chaque sortie tu marches comme un cow-boy pendant deux jours, nous allons peut-être éviter de tout mettre sur le dos d’un manque d’entraînement de tes fesses. D’autant qu’il reste encore deux suspects particulièrement intéressants à interroger : ton cuissard et ta selle.

Pourquoi un bon cuissard ne suffit pas forcément

Lorsque nous commençons à avoir mal aux fesses à vélo, le cuissard fait généralement partie des premiers suspects. Et pour une bonne raison : il constitue littéralement l’interface entre notre corps et la selle.

Un bon cuissard de vélo améliore considérablement le confort en limitant les frottements, en évacuant l’humidité et en répartissant une partie des pressions grâce à son insert rembourré — la fameuse peau de chamois, qui n’a d’ailleurs plus grand-chose à voir avec du véritable chamois aujourd’hui.

Mais il y a une petite nuance qui a tendance à disparaître dans les conseils donnés aux cyclistes débutantes : un excellent cuissard ne peut pas compenser une selle inadaptée, une mauvaise répartition des pressions ou une position problématique sur le vélo.

Et surtout, le cuissard le plus cher du magasin n’est pas nécessairement celui dans lequel toi, tu seras le plus confortable.

Plus de rembourrage ne veut pas forcément dire plus de confort

Quand tu découvres les cuissards de vélo, la logique paraît assez évidente. Tu as mal aux fesses. Le cuissard possède une zone rembourrée destinée à améliorer ton confort.

Donc : plus il y a de rembourrage = moins tu auras mal.

Malheureusement, nos fesses refusent une nouvelle fois de respecter une équation aussi pratique.

L’épaisseur de la peau de chamois n’est qu’une caractéristique parmi d’autres. Les inserts peuvent présenter différentes densités, différentes épaisseurs selon les zones et différentes formes afin d’accompagner les points de contact entre ton corps et la selle.

Un insert très épais mais mal placé par rapport à ton anatomie peut donc être beaucoup moins confortable qu’un modèle plus fin qui correspond parfaitement à tes appuis. Trop de matière peut également devenir contre-productif si elle crée des plis, bouge pendant le pédalage ou augmente les frottements. Autrement dit, si tu as toujours mal aux fesses malgré un bon cuissard, la solution n’est pas forcément de chercher une peau de chamois encore plus épaisse.

Un bon cuissard doit surtout être adapté à ton corps

C’est aussi ce qui explique pourquoi les recommandations de cuissards sont parfois assez frustrantes.

Ta copine peut te jurer que son modèle est tellement confortable qu’elle pourrait traverser la France avec. Tu achètes exactement le même. Et au kilomètre 45, tu commences sérieusement à remettre votre amitié en question.

Parce que nous n’avons pas toutes la même morphologie ni les mêmes points d’appui. La forme de l’insert, son emplacement, sa largeur, les différentes densités de mousse mais également la coupe générale du cuissard peuvent modifier ton confort.

Le maintien est particulièrement important : la peau de chamois doit rester correctement positionnée lorsque tu pédales. Si ton cuissard est trop grand et que l’insert se déplace à chaque mouvement, les frottements risquent de suivre. À l’inverse, une taille ou une coupe inadaptée peut créer des zones de compression ou placer certaines coutures exactement là où tu aurais préféré ne jamais sentir une couture.

C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles les cuissards de vélo pour femmes ne se résument pas à une version plus petite d’un modèle masculin. L’insert peut être conçu en tenant compte de l’anatomie féminine et des zones de pression spécifiques.

La bonne question n’est donc pas uniquement : « Est-ce que ce cuissard est de bonne qualité ? »

Mais plutôt : « Est-ce que ce cuissard me convient ? »

Et malheureusement, une partie de la réponse n’arrive parfois qu’après quelques heures passées dessus.

On ne porte normalement pas de sous-vêtement sous son cuissard

Il est temps d’aborder l’un des grands moments initiatiques de la vie d’une cycliste.

Tu achètes ton premier cuissard. Tu le regardes. Tu regardes cette énorme peau de chamois. Et quelqu’un t’annonce très naturellement : « Par contre, tu ne mets pas de culotte dessous. »

Pardon ?

Pourtant, oui : un cuissard de vélo est normalement conçu pour être porté directement contre la peau. La raison est assez simple.

Ajouter un sous-vêtement signifie également ajouter du tissu, des coutures et potentiellement des plis entre ta peau et ton cuissard. Sur une sortie de vingt minutes, tu ne remarqueras peut-être rien. Après plusieurs milliers de coups de pédale, ce petit pli qui semblait parfaitement innocent au départ peut devenir beaucoup moins sympathique.

Le textile du cuissard et sa peau de chamois sont justement conçus pour gérer cette zone de contact, limiter les frottements et évacuer l’humidité.

Alors oui, la première sortie sans culotte sous ton cuissard donne éventuellement l’impression d’avoir rejoint une secte dont personne ne t’avait expliqué les règles.

Mais sur ce point, les cyclistes avaient une bonne raison.

Et si le problème venait plutôt de ta selle ?

Tu as laissé tomber la culotte sous le cuissard, trouvé une peau de chamois qui te convient et augmenté progressivement la durée de tes sorties. Et pourtant, au bout de quelques heures : tes fesses réclament toujours officiellement la fin de la sortie.

Il est peut-être temps de regarder ce qui se trouve juste sous ton cuissard : ta selle de vélo.

Et là encore, notre premier réflexe n’est pas forcément le bon.

Quand quelque chose nous fait mal lorsque nous sommes assises dessus, nous avons assez naturellement envie de rendre cette surface plus moelleuse. C’est d’ailleurs ce qui explique que certaines selles extrêmement rembourrées paraissent particulièrement séduisantes lorsqu’on cherche une selle de vélo confortable.

Sauf que le confort sur cinq minutes dans un magasin et le confort après quatre heures de pédalage ne répondent pas exactement aux mêmes contraintes.

Une selle plus molle n'est pas forcément plus confortable

De nouveau, sur le papier, l’équation paraît pourtant imparable : fesses + beaucoup de mousse = bonheur.

Pour des trajets courts avec une position relativement redressée, une selle large et rembourrée peut effectivement être agréable. Mais lorsque tu pratiques le vélo de route et passes plusieurs heures sur ta selle, ajouter toujours plus de mousse ne garantit pas une meilleure répartition des pressions.

Un rembourrage très souple peut se comprimer sous tes principaux points d’appui. Tes ischions s’enfoncent alors davantage dans la selle et les matériaux qui les entourent peuvent exercer des pressions supplémentaires sur les tissus mous.

Sans compter qu’une selle particulièrement volumineuse peut créer davantage de contacts avec l’intérieur des cuisses pendant le pédalage et donc potentiellement favoriser certains frottements et échauffements.

C’est pour cette raison que les selles destinées aux longues sorties peuvent parfois te sembler étonnamment fermes lorsque tu les touches.

Le rôle d’une selle n’est pas de transformer ton vélo en canapé. Il est surtout de soutenir correctement ton bassin et de répartir les pressions aux bons endroits tout en te laissant pédaler librement. Alors avant de chercher la selle avec la couche de gel la plus impressionnante du rayon, il y a un paramètre beaucoup plus intéressant à regarder.

La largeur de la selle doit correspondre à tes appuis

Tu te souviens des fameux ischions dont nous parlions au début de cet article ?

Les revoilà.

Lorsque tu es installée sur ton vélo, une partie de ton poids doit pouvoir être supportée par ces structures osseuses. Pour que cela fonctionne correctement, la selle doit donc offrir une surface d’appui cohérente avec l’écartement de tes ischions et ta position sur le vélo.

Si elle est trop étroite par rapport à tes appuis, tes ischions peuvent ne pas être correctement soutenus et davantage de pression peut se retrouver sur les tissus mous.

C’est notamment pour cette raison que certains fabricants proposent de mesurer la distance entre les ischions afin d’orienter le choix de la largeur de selle. SQlab, par exemple, utilise cette mesure associée à la position du cycliste pour déterminer une largeur adaptée.

Et il y a un point assez intéressant à retenir : la largeur de selle dont tu as besoin ne se déduit pas simplement de la largeur de tes hanches, de ton poids ou de ta taille.

Deux femmes qui mesurent toutes les deux 1,65 m et portent le même jean peuvent parfaitement avoir des distances différentes entre leurs ischions.

À l’inverse, avoir un bassin extérieurement plus large ne signifie pas automatiquement qu’il faut acheter la selle la plus large disponible.

C’est l’un des problèmes avec les recommandations du type : « Prends cette selle, moi je n’ai plus jamais eu mal aux fesses avec. » C’est une information intéressante. Mais les fesses de ta copine ne constituent malheureusement pas un outil de mesure particulièrement fiable pour choisir ta propre selle.

La forme de la selle compte aussi

Et si connaître la bonne largeur suffisait, le rayon selles de ton magasin de vélo serait nettement plus simple.

Parce qu’à largeur équivalente, tu peux trouver des selles plates ou plus incurvées, courtes ou longues, avec un nez plus ou moins large, un canal central, un évidement complet ou différentes formes de transition entre l’arrière et l’avant de la selle.

Ces différences ne sont pas uniquement esthétiques.

Elles influencent la manière dont ton bassin est soutenu, les endroits où les pressions sont réparties et la liberté dont tu disposes pour bouger et pédaler.

Une cycliste qui reste relativement stable sur l’arrière de sa selle n’aura pas nécessairement les mêmes besoins qu’une autre qui change régulièrement de position. Et une position assez redressée ne crée pas exactement les mêmes zones de contact qu’une position beaucoup plus inclinée vers l’avant sur un vélo de route.

Les selles possédant un canal ou un évidement central sont notamment conçues pour essayer de réduire la pression sur certaines zones de tissus mous.

Mais là encore : trou au milieu = absence garantie de pression périnéale serait une conclusion beaucoup trop simple.

Nous avons vu précédemment que certaines études réalisées chez des cyclistes féminines ont observé des résultats variables selon la conception de la selle et la façon dont les pressions se redistribuent. Autrement dit, retirer de la matière à un endroit peut aussi modifier la pression exercée autour de cet endroit.

C’est exactement pour cette raison qu’il est si difficile de répondre à la question : « Quelle est la meilleure selle de vélo pour ne plus avoir mal aux fesses ? » Il n’existe pas une selle universellement confortable que nous pourrions toutes installer sur notre vélo et oublier pour les dix prochaines années. Il existe plutôt une selle adaptée à ta morphologie, à tes points d’appui, à ta position et à ta pratique.

Et parfois, le problème ne vient même pas de la selle elle-même. Tu peux avoir trouvé une largeur parfaitement adaptée à tes ischions, une forme qui convient à ton anatomie et juste ce qu’il faut de rembourrage… si elle est mal positionnée sous toi, tu peux quand même avoir mal.

Parce qu’après avoir interrogé ton cuissard et ta selle, il reste encore un suspect de taille : ta position sur le vélo.

Ton problème de fesses peut aussi être un problème de position

Imaginons que tu aies trouvé une selle adaptée à tes ischions, avec une forme qui semble convenir à ton anatomie. Tu pourrais penser que le dossier « mal aux fesses à vélo » est enfin classé.

Sauf qu’une selle ne fonctionne jamais toute seule.

La manière dont ton corps est positionné dessus influence directement les zones sur lesquelles tu vas exercer de la pression. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes : une selle parfaitement adaptée peut devenir inconfortable simplement parce qu’elle est trop haute, trop avancée, trop inclinée ou associée à une position qui fait basculer ton bassin vers l’avant.

Autrement dit, avant d’acheter ta quatrième selle en six mois, il peut être intéressant de vérifier ce que tu fais réellement avec les trois premières.

La hauteur et le recul de ta selle peuvent modifier tes appuis

Nous pensons généralement au réglage de la hauteur de selle pour des questions de pédalage : extension de la jambe, efficacité, douleurs au genou…

Mais il peut également avoir des conséquences beaucoup plus haut.

Si ta selle est trop haute, par exemple, ton bassin peut avoir tendance à bouger davantage pour aller chercher la pédale en bas du cycle. Ces mouvements répétés peuvent augmenter les frottements entre ton corps, ton cuissard et ta selle.

Tu peux alors avoir acheté une excellente peau de chamois et te retrouver malgré tout avec des échauffements après plusieurs heures de vélo.

Le recul de la selle influence lui aussi ta position par rapport au pédalier et au poste de pilotage. Le modifier change donc la façon dont ton corps s’organise sur le vélo et, potentiellement, la manière dont ton poids se répartit entre la selle, le guidon et les pédales.

C’est aussi ce qui rend les réglages à l’aveugle assez délicats.

Déplacer sa selle de plusieurs centimètres vers l’avant simplement parce qu’on a lu sur un forum que cela pouvait régler une douleur aux ischions à vélo risque surtout de créer un nouveau problème ailleurs.

L'inclinaison de la selle peut déplacer les pressions

Autre petit réglage capable de produire de grandes différences : l’inclinaison de la selle. Une selle est généralement installée autour d’une position horizontale, avec d’éventuels ajustements légers selon sa forme, la cycliste et les recommandations du fabricant.

Et le mot important ici est légers.

Parce que si tu inclines fortement le nez de ta selle vers le haut, tu peux augmenter la pression exercée sur les tissus situés à l’avant du bassin et au niveau du périnée.

La solution paraît alors évidente : on baisse complètement le nez de la selle.

Sauf qu’une inclinaison excessive dans l’autre sens peut te donner l’impression de glisser constamment vers l’avant. Ton corps doit alors fournir davantage d’efforts pour maintenir sa position, avec potentiellement plus d’appui sur les mains et une modification de ta façon de te placer sur la selle.

C’est donc rarement une histoire de : « j’ai mal au périnée, je baisse le nez de trois centimètres et problème réglé ».

Parfois, quelques millimètres ou quelques degrés suffisent à modifier tes sensations.

Ce qui explique aussi pourquoi je te conseillerais de modifier tes réglages progressivement et, si possible, un seul à la fois. Sinon, après avoir changé simultanément la hauteur, le recul et l’inclinaison, bonne chance pour savoir lequel des trois a amélioré — ou aggravé — ton confort.

La position de ton bassin et du poste de pilotage compte aussi

Et nous arrivons à un élément que l’on oublie facilement lorsqu’on cherche une selle de vélo confortable : ce qui se passe devant elle.

Sur un vélo de route, ton bassin n’est pas positionné exactement de la même manière lorsque tu roules tranquillement les mains sur le haut du guidon ou lorsque tu adoptes une position beaucoup plus inclinée vers l’avant.

Lorsque ton buste descend, ton bassin peut pivoter davantage vers l’avant. Tes zones d’appui peuvent alors évoluer : la pression ne se concentre plus nécessairement de la même manière sur les ischions et les tissus situés plus en avant peuvent être davantage sollicités.

C’est particulièrement intéressant si tu constates que ta douleur de selle à vélo dépend de la position de tes mains.

Tu es parfaitement confortable sur les cocottes mais ressens rapidement une pression au niveau de la vulve lorsque tu passes les mains en bas du cintre ?

Tu as constamment l’impression de glisser vers l’avant de ta selle ?

Tu dois régulièrement te repousser vers l’arrière avec les bras ?

Ces sensations peuvent donner des indices sur ta position globale plutôt que sur la qualité de ton cuissard.

La hauteur et la distance du guidon entrent notamment dans cette équation. Si ton poste de pilotage t’oblige à adopter une position que tu as du mal à maintenir, ton bassin peut chercher une autre façon de s’installer sur la selle.

Et c’est précisément pour cela que changer uniquement de selle ne résout pas toujours les douleurs aux fesses à vélo.

Faut-il faire une étude posturale quand on a mal aux fesses à vélo ?

Pas nécessairement.

Si tu utilises ton vélo vingt minutes de temps en temps et que tu viens simplement de reprendre après six mois sans rouler, je ne vais évidemment pas t’envoyer immédiatement réserver une étude posturale complète.

En revanche, plus tu passes de temps sur ton vélo, plus le confort devient important.

Si tu prépares un triathlon, commences à faire des sorties de plusieurs heures ou envisages un premier bike trip, une douleur qui revient systématiquement mérite probablement mieux qu’une succession d’achats et de réglages réalisés au hasard.

Une étude posturale à vélo permet justement d’observer ton corps sur le vélo dans son ensemble : ta position, ton pédalage, tes réglages et la manière dont les différents éléments interagissent.

Elle ne garantit pas que tu ne ressentiras plus jamais la moindre gêne après huit heures sur une selle.

Mais elle peut permettre d’éviter une situation assez classique : changer de selle parce qu’on a mal, puis changer de cuissard parce qu’on a toujours mal, puis acheter une nouvelle selle parce que le cuissard n’a rien changé… alors que le problème venait depuis le début de la façon dont nous étions positionnées dessus.

Avant de chercher toujours plus de matériel, il peut donc être utile de vérifier une chose beaucoup plus simple : est-ce que ton vélo est correctement réglé pour toi ?

Avoir mal aux fesses à vélo peut s’expliquer par la pression exercée sur les ischions, les frottements, une selle inadaptée, la position sur le vélo ou simplement une augmentation importante du temps passé à pédaler. Même un bon cuissard de vélo ne suffit pas toujours à éviter les douleurs si la selle ne correspond pas à tes appuis ou si certains réglages modifient la répartition des pressions. Pour ne plus avoir mal aux fesses à vélo, il faut donc commencer par identifier le type de douleur avant d’agir sur le matériel, la position ou la progressivité des sorties.

Conclusion : Non, avoir mal aux fesses ne fait pas partie du cyclisme

Après tout ça, faut-il s’inquiéter à la moindre petite sensibilité après une sortie à vélo ?Évidemment que non.

Si tu viens de reprendre après plusieurs mois sans rouler, que tu as doublé la durée de ta sortie ou que tu termines ton premier 100 kilomètres avec les ischions un peu sensibles, tes points d’appui ont peut-être simplement besoin de s’adapter progressivement au temps passé en selle.

En revanche, passer chaque sortie à attendre désespérément le prochain feu rouge pour décoller tes fesses de la selle n’est pas un passage obligatoire pour devenir cycliste. Pas plus que les irritations permanentes, les douleurs importantes ou les engourdissements du périnée.

Et c’est probablement ce que j’aimerais que tu retiennes de cet article : lorsque tu as mal aux fesses à vélo, la solution n’est pas forcément d’acheter un cuissard encore plus cher ou la dernière selle de vélo confortable recommandée par tout ton groupe de cyclistes.

Le confort ne repose pas sur un produit miracle.

Il se construit à l’intersection entre ton corps, ta selle, ta position sur le vélo, ton cuissard et tes habitudes de pratique. Une selle parfaitement adaptée à ta copine peut ne pas correspondre à tes ischions. Un excellent cuissard ne corrigera pas une mauvaise position. Et le meilleur équipement du monde ne remplacera pas la progressivité si tu passes brutalement de deux à six heures sur ton vélo.

Alors oui, tes fesses auront probablement parfois besoin d’un peu de temps pour s’habituer à de nouvelles distances.

Mais elles n’ont pas besoin d’apprendre à souffrir pour que tu mérites ta place sur un vélo.

Et si une douleur revient systématiquement, ne cherche pas simplement à devenir meilleure pour la supporter : cherche plutôt pourquoi elle est là.

Et toi, as-tu mal aux fesses quand tu fais du vélo ?

 

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