Et si on arrêtait de vouloir devenir une « meilleure version » de nous-mêmes à chaque rentrée ?

On nous encourage sans cesse à devenir une « meilleure version de nous-mêmes », comme si la personne que nous étions aujourd’hui était encore un brouillon à perfectionner. À la rentrée, cette injonction prend souvent la forme de nouvelles résolutions, de routines et d’objectifs censés nous rendre plus sportives, plus organisées, plus productives ou plus disciplinées. Et si nous pouvions continuer à évoluer, à avoir des projets et à changer certaines choses dans notre vie sans considérer que notre version actuelle a constamment besoin d’être améliorée ?

Sommaire

Je vais commencer cet article par un petit mea culpa : des bonnes résolutions de rentrée, j’en ai pris un paquet. Et j’en ai même fait des articles, des vidéos, des listes entières de choses que j’allais enfin mettre en place dès le mois de septembre. Mieux m’organiser, reprendre telle habitude, être plus régulière dans le sport, travailler différemment… Bref, septembre arrivait et, avec lui, une nouvelle version de moi-même était apparemment attendue au tournant.

Et quelque part, je comprends toujours pourquoi. J’aime profondément cette période de l’année. Septembre me donne une énergie que janvier ne m’a jamais vraiment donnée. J’aime cette sensation de nouveau départ, les agendas qui se remplissent à nouveau, les projets qui reprennent, les activités qui redémarrent. Après le rythme un peu différent de l’été, j’ai souvent envie de faire des choses, de remettre de l’ordre dans mon quotidien et de lancer de nouveaux projets.

Sauf qu’avec les années, je me suis rendu compte qu’il y avait parfois une drôle de pression cachée derrière toute cette motivation.

Parce qu’on ne se contente pas toujours de se dire : « Tiens, j’aimerais bien essayer ça. » On se dit qu’à la rentrée, on va reprendre notre vie en main. Cette fois, on va être plus organisée. Plus sportive. Plus productive. On va mieux manger, mieux dormir, moins procrastiner, passer moins de temps sur notre téléphone, prendre davantage soin de nous… Et quitte à faire tout ça, autant devenir cette fameuse « meilleure version de nous-mêmes » dont on entend parler partout.

Mais plus j’y pense, plus cette expression me dérange.

Parce que si je dois sans cesse devenir une meilleure version de moi-même, qu’est-ce que ça dit de celle que je suis aujourd’hui ? Est-ce qu’elle n’est jamais tout à fait assez bien ? Est-ce que ma vie doit forcément être un chantier permanent dans lequel il y aurait toujours quelque chose à optimiser, une habitude à corriger ou un « défaut » à gommer ?

Alors cette année, j’ai envie d’aborder la rentrée un peu différemment.

Pas en renonçant aux projets, aux envies ou au plaisir de commencer quelque chose de nouveau. Mais en arrêtant peut-être de considérer chaque mois de septembre comme le lancement officiel de Margaux 2.0.

Et si, pour une fois, on partait du principe que la personne que nous sommes aujourd’hui n’a pas forcément besoin d’être améliorée ?

Septembre, ce mois où l’on veut soudain refaire toute notre vie

Il faut dire que la rentrée s’y prête particulièrement bien

Je ne sais pas pour toi, mais j’ai toujours trouvé que septembre ressemblait beaucoup plus à une nouvelle année que le 1er janvier.

En janvier, il fait nuit à 17 heures, il fait froid, les fêtes viennent à peine de se terminer et mon niveau d’énergie est généralement quelque part entre « plaid » et « hibernation ». Et pourtant, c’est à ce moment-là qu’on est censées être débordantes de motivation pour prendre de grandes décisions concernant les douze prochains mois. Personnellement, je n’ai jamais vraiment compris le concept.

Septembre, en revanche, c’est différent.

Il y a cette sensation très particulière de rentrée que l’on continue à ressentir bien après avoir quitté les bancs de l’école. Le travail reprend son rythme habituel, les enfants retournent à l’école pour celles qui en ont, les associations rouvrent leurs portes, les activités sportives recommencent, les calendriers des courses se remplissent, de nouveaux projets professionnels apparaissent… Même les rayons remplis de cahiers et d’agendas semblent nous souffler qu’il serait peut-être temps de repartir sur de bonnes bases.

Et je dois reconnaître que j’adore cette énergie.

J’aime réfléchir à mes projets pour les mois qui arrivent. J’aime reprendre certaines habitudes laissées de côté pendant l’été. J’aime retrouver un peu plus de structure après une période où les horaires, les repas, le travail et le sport ont parfois suivi un rythme beaucoup plus approximatif.

Il y a quelque chose d’assez grisant dans cette impression qu’une nouvelle saison commence et que plein de choses sont à nouveau possibles.

Et je crois que c’est important de le préciser : le problème n’est absolument pas d’avoir envie de profiter de cette énergie.

Tu as le droit d’avoir envie de reprendre le sport en septembre. De t’inscrire à ce cours qui te fait de l’œil depuis six mois. De ressortir ton agenda. De décider de cuisiner davantage. De commencer un nouveau projet. De vouloir changer quelque chose dans ton quotidien parce que ce quelque chose ne te convient plus.

Avoir envie d’évoluer n’est pas le problème.

Là où les choses deviennent peut-être un peu moins amusantes, c’est lorsque toutes ces envies commencent doucement à changer de nature.

De « j’aimerais » à « cette année, il faut absolument que… »

Au début, c’est souvent assez innocent.

J’aimerais bien reprendre un peu le sport.

Puis, tant qu’à faire, ce serait bien d’être plus régulière cette fois. Peut-être trois séances par semaine. Et puisqu’on reprend le sport, autant essayer de mieux manger aussi. D’ailleurs, ce serait bien de cuisiner davantage au lieu de toujours improviser. Et puis de préparer ses repas à l’avance. Et de boire plus d’eau. Et de se coucher plus tôt.

Ah, et tant qu’on y est, il faudrait vraiment arrêter de passer autant de temps sur le téléphone.

Lire davantage.

Être plus organisée au travail.

Arrêter de procrastiner.

Reprendre cette routine skincare abandonnée depuis avril.

Faire du tri dans l’appartement.

Prendre du temps pour soi.

Méditer.

Marcher 10 000 pas par jour.

Et évidemment réussir à faire tout cela en étant parfaitement détendue parce que, rappelons-le, il faut aussi apprendre à mieux gérer son stress.

Rien que de l’écrire, je suis fatiguée.

Et c’est peut-être là que se trouve le piège. Une envie en entraîne une autre, puis encore une autre, jusqu’à ce que notre rentrée ressemble moins à un nouveau départ enthousiasmant qu’à un programme de remise à niveau de notre propre existence.

Surtout, le vocabulaire change sans même que l’on s’en rende compte. On ne dit plus vraiment « j’aimerais ». On commence à dire « il faudrait ». Il faudrait que je sois plus régulière. Il faudrait que je sois mieux organisée. Il faudrait que je dorme davantage. Il faudrait que je fasse plus de sport. Il faudrait que je sois moins souvent sur mon téléphone. Il faudrait que je prenne davantage soin de moi.

Et parfois même : « cette année, il faut absolument que je m’y tienne. » Comme s’il y avait un examen à la fin. Comme si toutes les tentatives précédentes avaient été des échecs qu’il fallait enfin réparer. Comme si septembre nous donnait une nouvelle chance de devenir cette personne parfaitement organisée, disciplinée, sportive, productive, reposée et sereine que nous n’avons manifestement pas réussi à être jusque-là.

Et c’est assez fou quand on y pense : à quel moment notre enthousiasme pour la rentrée s’est-il transformé en cahier des charges ? Parce qu’entre avoir envie d’apporter quelque chose de nouveau à sa vie et dresser la liste de tout ce qu’il faudrait changer chez soi, la frontière est parfois beaucoup plus fine qu’on ne le croit.

Le problème, c’est que notre vie est déjà bien remplie

Et si septembre était justement le pire moment pour vouloir tout changer ?

Il y a quand même quelque chose d’assez paradoxal dans notre fascination pour les bonnes résolutions de rentrée : on choisit précisément l’une des périodes les plus chargées de l’année pour décider d’ajouter encore plus de choses à notre quotidien.

Parce que septembre n’est pas seulement le mois des jolis carnets neufs et de la motivation retrouvée. C’est aussi le retour au travail à plein régime après une période parfois plus calme. Les boîtes mail qui débordent. Les réunions qui réapparaissent mystérieusement dans l’agenda. Les dossiers que l’on avait repoussés à « après les vacances » et qui, surprise, nous ont patiemment attendues.

Pour celles qui ont des enfants, c’est aussi toute la logistique de la rentrée scolaire qui vient se greffer là-dessus : les horaires, les fournitures manquantes, les réunions, les inscriptions, les activités extrascolaires, les trajets à organiser… et cette capacité absolument fascinante qu’ont les enfants à avoir besoin d’un truc très précis pour demain matin à 8 heures, alors qu’il est actuellement 21h43.

Les activités sportives reprennent également. Les rendez-vous que l’on avait remis à septembre aussi. Les semaines retrouvent leur rythme habituel et, avec lui, toute cette logistique invisible qui permet simplement à nos vies de fonctionner.

Et c’est précisément à ce moment-là que nous arrivons, très enthousiastes, avec notre petite liste de nouvelles habitudes.

Cette année, je vais faire trois séances de sport par semaine.

Préparer mes repas le dimanche.

Lire trente minutes tous les soirs.

Me coucher avant 23 heures.

Faire 10 000 pas par jour.

Prendre davantage de temps pour moi.

Et tiens, pourquoi ne pas ajouter une petite routine matinale pendant qu’on y est ?

Sur le papier, tout rentre.

Parce que sur le papier, personne n’est coincé vingt minutes dans les bouchons, aucun enfant n’est malade, aucune réunion ne déborde, aucun train n’est supprimé et personne n’a jamais eu une journée suffisamment pourrie pour avoir simplement envie de manger des pâtes devant une série.

Nos plannings idéaux sont toujours construits pour des semaines idéales. Le problème, c’est que nous vivons dans de vraies semaines.

Et je me demande parfois si, plutôt que d’utiliser septembre pour ajouter de nouvelles obligations, on ne gagnerait pas à commencer par observer le rythme que cette nouvelle rentrée nous impose. Voir où il reste réellement de la place. Voir ce qui nous manque. Voir aussi ce dont nous avons besoin pour traverser les prochains mois sans arriver en décembre complètement sur les rotules.

Parce qu’une nouvelle habitude, même excellente pour nous, prend du temps, de l’énergie et de l’espace mental. Et ce sont précisément trois ressources qui ne sont pas toujours très abondantes à la rentrée.

Quand les bonnes résolutions deviennent une nouvelle source de pression

Évidemment, les premiers jours, ça fonctionne. Nous sommes motivées. Le nouveau planning est magnifique. Les séances de sport sont cochées. Les repas sont préparés. La gourde nous accompagne partout. Le livre est posé sur la table de nuit. On se couche presque à l’heure prévue et, pendant quelques jours, on se dit avec une certaine satisfaction :

« Ah, cette fois, j’ai trouvé mon rythme. »

Puis un mardi, le travail déborde. On rentre plus tard que prévu et la séance saute. Le mercredi, on est fatiguée, alors les légumes prévus pour le dîner restent dans le frigo et on commande quelque chose. Jeudi soir, on devait lire mais on passe quarante-cinq minutes à regarder des vidéos sur son téléphone sans même savoir comment on est arrivée là.

Et le week-end, le fameux meal prep du dimanche nous donne soudain autant envie qu’un contrôle fiscal.

Bref : la vie reprend ses droits. Et en soi, rien de tout cela n’est grave.

Une séance de sport ratée ne change pas une vie. Un plat commandé ne détruit pas une alimentation. Une soirée passée à scroller n’annule pas tous les livres que l’on a lus. Et personne ne viendra vérifier si notre routine matinale comporte bien les sept étapes réglementaires avant 7h30.

Sauf que lorsque nous avons transformé nos envies en objectifs, puis nos objectifs en obligations, le moindre écart peut commencer à ressembler à un échec.

Et c’est là que quelque chose me dérange profondément dans cette culture des bonnes résolutions.

Parce qu’au lieu de nous apporter du bien-être, certaines habitudes finissent par devenir une nouvelle grille avec laquelle nous évaluons notre capacité à être une personne suffisamment disciplinée.

On ne se dit pas simplement : « Cette semaine était trop chargée pour faire trois séances. »

On se dit : « Encore une fois, je ne suis pas capable d’être régulière. »

On ne se dit pas : « J’étais épuisée, j’avais besoin d’une soirée où je ne faisais rien. »

On se dit : « Je manque vraiment de volonté. »

Et petit à petit, une liste qui était censée nous faire du bien devient une nouvelle manière de nous reprocher de ne pas en faire assez. C’est quand même un comble. Nous commençons septembre avec l’ambition de prendre davantage soin de nous, d’être mieux organisées et de nous sentir mieux dans notre quotidien… et nous pouvons terminer le mois épuisées, frustrées, avec cette désagréable impression d’avoir « encore abandonné ».

Alors que peut-être, nous n’avons rien abandonné du tout.

Peut-être que le problème n’était pas notre manque de motivation, de discipline ou de volonté. Peut-être que nous avions simplement essayé de faire entrer quinze nouvelles habitudes dans une vie qui était déjà pleine.

Et c’est justement là que j’ai envie d’aller un peu plus loin.

Parce que derrière toutes ces résolutions, il y a une question qui me travaille de plus en plus : pourquoi ressentons-nous autant le besoin de nous améliorer en permanence ?

Et si on n’avait pas besoin de devenir une « meilleure version » de nous-mêmes ?

« Meilleure », mais selon quels critères exactement ?

Je crois que c’est finalement cette expression qui me dérange le plus. « Devenir la meilleure version de soi-même. »

Sur le papier, ça sonne plutôt bien. C’est positif, encourageant, presque bienveillant. On imagine quelqu’un qui évolue, qui apprend à mieux se connaître, qui prend soin d’elle, qui ose davantage faire ce qui lui plaît.

Sauf que plus je réfléchis à cette expression, plus une question me vient : « meilleure », ça veut dire quoi exactement ?

Plus sportive ?

Plus productive ?

Plus mince ?

Plus organisée ?

Plus cultivée ?

Plus disciplinée ?

Plus sereine ?

Plus ambitieuse ?

Plus présente pour les autres ?

Moins stressée ?

Plus capable de gérer ses émotions ?

Plus douée pour poser ses limites, mais quand même suffisamment disponible pour ses proches, tout en ayant une carrière épanouissante, une vie sociale riche, une maison rangée et, idéalement, huit heures de sommeil par nuit ?

Ça commence à faire beaucoup pour une seule personne. Et surtout, qui a décidé des critères ? Parce que cette fameuse « meilleure version » de nous-mêmes ne sort pas de nulle part. Elle est forcément construite à partir de tout ce que nous avons appris à considérer comme souhaitable.

Ce que nous voyons sur les réseaux sociaux. Ce que la société valorise. Ce que notre entourage attend parfois de nous. Ce que nous avons appris, depuis très longtemps, à associer à la réussite, à la beauté, à la santé, au bonheur ou simplement au fait d’avoir « sa vie en ordre ».

Et il y a quelque chose qui me gêne profondément derrière cette expression pourtant si anodine : pour qu’il existe une meilleure version de moi, il faut forcément que la version actuelle soit moins bonne.

Celle qui procrastine parfois.

Celle qui n’est pas toujours organisée.

Celle qui peut passer beaucoup trop de temps sur son téléphone.

Celle qui commence certains projets avec énormément d’enthousiasme avant de réaliser trois semaines plus tard qu’elle n’en a finalement plus du tout envie.

Celle qui a des qualités, des contradictions, des habitudes dont elle est fière et d’autres qu’elle aimerait parfois changer.

Bref, celle qui existe vraiment.

Et si je passe ma vie à courir après Margaux 2.0, puis Margaux 3.0, puis la prochaine mise à jour qui corrigera enfin les bugs de la précédente, à quel moment est-ce que je considère que la version actuelle mérite elle aussi un peu de considération ?

Parce qu’à force de vouloir devenir « meilleure », on peut finir par vivre avec cette impression étrange d’être éternellement en travaux. Jamais complètement terminée. Jamais tout à fait arrivée. Toujours à quelques nouvelles habitudes de la personne que l’on devrait être.

Nous ne sommes pas des tableaux Excel à optimiser

Je pense que j’ai moi-même passé énormément de temps à fonctionner comme ça. Il y avait toujours quelque chose à améliorer. Mon organisation. Mon travail. Mon alimentation. Mon sommeil. Mon sport. Ma gestion du temps. Ma façon de récupérer. Ma capacité à être régulière. Ma maison. Mes finances. Mon rapport aux écrans.

Et probablement encore une douzaine de catégories auxquelles je ne pense pas au moment où j’écris ces lignes. Parfois, c’était nécessaire. Certaines choses dans ma vie ne me convenaient réellement plus et j’avais besoin de les changer.

Mais parfois, avec le recul, je crois que j’essayais simplement d’optimiser ma propre existence comme j’aurais optimisé un tableau Excel. Une colonne passe au vert ? Parfait. On peut maintenant s’occuper de celle qui est encore orange. Et c’est une fuite en avant assez fascinante, parce qu’elle n’a littéralement aucune ligne d’arrivée.

Tu dors enfin huit heures ? Très bien, mais est-ce que ton sommeil est suffisamment qualitatif ?

Tu fais du sport régulièrement ? Super, mais est-ce que ton programme est vraiment optimal ?

Tu lis dix livres dans l’année ? Pourquoi pas douze ?

Tu cuisines davantage ? Tu pourrais quand même mieux anticiper tes menus.

Tu as réussi à mieux organiser tes journées ? Il paraît que se lever une heure plus tôt permettrait d’être encore plus productive.

Il y aura toujours quelque chose à améliorer. Toujours. Et je crois que c’est précisément pour ça que cette logique peut devenir épuisante : si notre objectif est d’atteindre une version de nous-mêmes dans laquelle tout serait enfin parfaitement optimisé, nous avons perdu d’avance.

Parce que nous ne sommes pas des machines. Nous ne sommes pas des applications auxquelles il faudrait régulièrement ajouter de nouvelles fonctionnalités. Et nous ne sommes certainement pas des tableaux Excel avec une jolie mise en forme conditionnelle destinée à nous signaler les cellules dans lesquelles nous devons encore progresser.

Nous sommes des êtres humains.

Avec des périodes où nous avons énormément d’énergie et d’autres où nous en avons moins. Des choses pour lesquelles nous sommes naturellement organisées et d’autres qui resteront probablement toujours un peu chaotiques. Des habitudes que nous arrivons facilement à tenir et d’autres qui nous demandent un effort disproportionné.

Et puis nous avons aussi ce que nous appelons nos « défauts ». C’est peut-être là que j’ai le plus changé ces dernières années. Pendant longtemps, j’ai pensé que se connaître servait notamment à identifier ses défauts pour pouvoir travailler dessus. Comme si chaque trait de caractère qui me compliquait parfois la vie devait automatiquement devenir le prochain chantier sur ma liste.

Aujourd’hui, je me demande : est-ce que tout a vraiment besoin d’être corrigé ?

Évidemment, certaines de nos façons de fonctionner peuvent nous faire souffrir ou faire du mal aux autres. Et dans ces cas-là, oui, ça vaut probablement le coup de s’y intéresser.

Mais le reste ? Est-ce que je suis obligée de devenir quelqu’un qui adore se lever tôt simplement parce que le monde semble avoir décidé que les personnes qui réussissent commencent leur journée à 5h42 ?

Est-ce que chaque moment de procrastination doit forcément être corrigé ?

Est-ce que toutes mes semaines doivent être parfaitement organisées ?

Est-ce que chaque heure de mon temps libre doit avoir une utilité ?

Est-ce que je suis obligée de transformer chaque caractéristique qui ne correspond pas à mon idéal en nouveau projet d’amélioration personnelle ?

Peut-être que non. Peut-être que certaines choses peuvent être améliorées. Certaines peuvent être contournées. Certaines peuvent évoluer avec le temps. Et certaines peuvent simplement être là. Sans devenir un problème à résoudre.

Évoluer parce qu’on en a envie plutôt que parce qu’on ne se trouve pas suffisante

Et c’est là que j’ai envie d’apporter une énorme nuance, parce que je me connais : je ne vais absolument pas arrêter d’avoir des projets.

Je vais continuer à me fixer des objectifs sportifs. À avoir de nouvelles idées professionnelles probablement plus vite que je ne suis capable de les réaliser. À vouloir apprendre des choses. À tester de nouvelles habitudes. À me lancer dans des projets qui me font peur. À changer d’avis. À vouloir progresser dans certains domaines. Et heureusement.

Je n’ai aucune envie que cet article devienne une ode à l’immobilisme dans laquelle nous déciderions collectivement que, puisque nous sommes très bien comme nous sommes, nous n’allons plus jamais rien changer à nos vies.

On peut s’accepter aujourd’hui et avoir envie d’évoluer demain.

Les deux ne sont pas incompatibles.

Mais je crois qu’il existe une différence immense entre vouloir changer quelque chose parce qu’on en a envie et vouloir le changer parce qu’on considère que quelque chose ne va pas chez nous tant que nous ne l’avons pas fait.

Je peux commencer une nouvelle activité sportive parce que je suis curieuse de voir où elle va m’emmener. Ou parce que je considère que je ne fais pas encore assez de sport.

Je peux essayer de mieux organiser mes journées parce que mon fonctionnement actuel me fatigue. Ou parce que je me reproche de ne pas être aussi productive que je devrais l’être.

Je peux décider de cuisiner davantage parce que j’aime ça et que ça facilite mon quotidien. Ou parce que je considère qu’une adulte « organisée » devrait préparer tous ses repas maison.

De l’extérieur, le résultat peut être exactement le même. Mais à l’intérieur, le point de départ n’a rien à voir.

D’un côté :

« J’ai envie d’apporter quelque chose de nouveau à ma vie. »

De l’autre :

« Il faut que je corrige enfin cette partie de moi. »

Et je crois que c’est précisément cette différence que j’ai envie d’emporter avec moi cette rentrée. Avant de me demander ce que je pourrais améliorer, peut-être commencer par me demander pourquoi j’ai envie de le faire. Est-ce que ce changement va réellement rendre ma vie plus agréable ? Est-ce qu’il répond à un besoin que je ressens ? Est-ce qu’il m’enthousiasme ? Ou est-ce que j’essaie simplement, encore une fois, de cocher une nouvelle case sur la longue liste de tout ce que je pense devoir être ?

Parce qu’au fond, je n’ai pas envie d’arrêter d’évoluer. J’ai simplement envie d’arrêter de croire que je dois évoluer en permanence pour être suffisamment bien.

Conclusion : Et si notre seule résolution était de nous foutre un peu la paix ?

Je sais déjà que septembre va me donner envie de faire plein de choses.

Je vais avoir des projets. Des idées. Des objectifs sportifs. Des envies professionnelles. Probablement quelques nouvelles habitudes que j’aurai très envie de tester et, soyons réalistes, au moins une organisation absolument révolutionnaire qui me semblera géniale pendant douze jours avant que je l’abandonne complètement.

Et ce n’est pas grave.

Je n’ai pas envie de terminer cet article en te disant qu’il faudrait désormais bannir les bonnes résolutions, jeter nos agendas et accueillir le mois de septembre allongées sur notre canapé en refusant catégoriquement toute forme d’évolution personnelle.

D’ailleurs, ce serait assez ironique de transformer le fait de ne plus prendre de bonnes résolutions… en nouvelle bonne résolution.

Je crois simplement que j’ai envie d’être un peu plus attentive à l’endroit d’où viennent mes envies de changement.

Parce qu’il y a une vraie différence entre se dire « ça, j’aimerais vraiment essayer » et « il faudrait vraiment que je sois capable de faire ça ».

Entre construire quelque chose et essayer de se réparer.

Entre faire évoluer une vie qui nous appartient et courir après une version idéalisée de nous-mêmes qui, de toute façon, reculera probablement à mesure que nous avancerons.

Alors peut-être qu’avant d’ajouter une nouvelle habitude à notre planning cette rentrée, on pourrait simplement se poser une question :

« Est-ce que j’ai envie d’ajouter quelque chose à ma vie… ou est-ce que j’essaie encore de me corriger ? »

Et si la réponse est la deuxième, peut-être qu’on peut, parfois, décider de ne rien faire.

De ne pas optimiser.

De ne pas transformer ce « défaut » en nouveau chantier.

De ne pas profiter de septembre pour reprendre toute notre existence en main.

De continuer à être imparfaitement organisée, à rater certaines séances, à changer d’avis, à procrastiner parfois, à avoir des périodes où l’on avance énormément et d’autres où l’on fait simplement ce qu’on peut.

Bref, à être une personne plutôt qu’un projet en cours de réalisation.

Parce que je crois que c’est finalement ça que j’avais envie de te dire avec cet article : tu peux avoir envie de changer mille choses dans ta vie sans considérer que la personne que tu es avant ces changements vaut moins que celle que tu deviendras après.

Tu n’as pas besoin d’attendre d’être plus sportive, plus organisée, plus productive, plus sereine ou plus disciplinée pour commencer à considérer que la version actuelle mérite déjà qu’on lui foute un peu la paix.

Alors oui, profitons de septembre si cette énergie de rentrée nous fait du bien.

Lançons des projets. Inscrivons-nous à ce cours qui nous fait envie. Achetons même ce nouveau carnet dont nous n’avons absolument pas besoin mais qui, évidemment, va révolutionner notre organisation.

Mais essayons peut-être de ne pas faire de nous-mêmes le projet à améliorer de cette rentrée.

Cette rentrée, au lieu de nous demander quelle meilleure version de nous-mêmes nous voulons devenir, nous pourrions peut-être commencer par nous demander ce dont la version actuelle a besoin.

Es-tu à la recherche de cette “meilleure” version de toi-même ?

 

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