Récemment, j’ai encouragé un de mes amis qui faisait l’Ironman* de Nice… Et je dois dire que cela m’a fait très bizarre de me retrouver de l’autre côté de la barrière, du côté du supporter. Mais j’ai adoré l’expérience. C’était tellement intense, tellement riche en émotions ! Je ne courrais pas et pourtant, j’avais l’impression de faire partie de la course. Je l’ai vécue à travers de ces hommes et ces femmes. J’ai stressé pour eux, j’ai pleuré avec eux. De joie, beaucoup. De dépit, un peu aussi, malheureusement.

Dimanche 23 Juillet 2017… Aujourd’hui, tu fais partie de la team supporter…

Supporter la nage

Il est six heures, le réveil sonne. Pas le temps de se poser des questions. Tu dois être sur le départ de la nage à 6h15 et entrer dans ton rôle de supporter. Heureusement, ton ami, Olivier a géré avec le Airbnb. Vous êtes juste à 3 minutes à pied de la plage et du village expo de l’Ironman. Tu sautes dans ma tenue et vous foncez sur la plage.

Tu n’as pas anticipé qu’il y aurait autant de monde. Ba quoi, il est à peine 6 heures du matin ! Les gens devraient encore être au fond de leur lit ! Mais vous êtes finalement beaucoup à être venu supporter vos futurs Ironmans. Vous ne trouvez pas de place pour bien voir le départ de la nage. Vous êtes tout au fond du sas de départ. La seule chose que tu vois, ce sont les dos et les fesses des triathlètes. Tu ne vas pas m’en plaindre 😉 mais tu n’es pas venue pour ça.

À 6h20, La Marseillaise retentit. Toute la foule est silencieuse, en hommage aux victimes des attentats… C’est beau, c’est intense. Nice a été attaquée, mais Nice s’est relevée et montre aujourd’hui au monde entier que la vie ne s’est pas arrêtée après ce malheureux soir du 14 Juillet 2016… Tu sens déjà que la journée va être placée sous le signe de l’émotion, celle qui te prend aux tripes et te pousser à aller jusqu’au bout de toi-même…

Le départ pour les professionnels est lancé à 6h30… Puis, peu à peu les triathlètes s’élancent sur la première épreuve… Quand tu penses que tu peines à faire plus de 50 m en crawl sans boire la tasse… Mais pas le temps de s’attarder, tu as un petit-déjeuner à avaler. Il n’est pas encore huit heures que tu es déjà de retour sur la plage. Tu ne veux pas louper le retour de ton sportif, que vous avez estimé ensemble autour de 8h30… Tu te places au même endroit que précédemment, juste au niveau des douches. Le bon plan en fait, puisque que les triathlètes galérant à enlever leur combi, n’ont pas arrêté de te demander de l’aide…Tu n’as jamais autant désappé d’hommes de ma vie en aussi peu de temps XD

Et là, tu entends le speaker annoncer qu’un des participants est en difficulté, derrière le reste du groupe… Et tu commences à prier que ce ne soit pas la personne que tu es venu supporter… Forcément, le speaker n’arrive pas à voir son numéro de dossard (imprimé sur le bonnet de bain)… Tu flippes. Tu espères que l’aventure Ironman ne va pas déjà s’arrêter… Pas avant d’avoir tenté le vélo…

Alors tu fixes la mer. Tu essaies de repérer un signe distinctif qui t’indique que ce concurrent à la traîne n’est pas ton sportif… Entre toutes ces combinaisons noires, tu sais que ses manches vertes vont ressortir dans la masse. Alors tu attends… Puis, rassurée, tu vois sa tête dépasser de l’eau. Il est largement dans les temps… Un coup de fil au reste de la team supporter pour les prévenir qu’il sort de l’eau. Un check au niveau des douches et tu files remonter sur la prom’ pour le chopper au départ du vélo…

Supporter le vélo

Tu sais que tu ne vas pas le revoir avant un moment. Tu espères qu’il ne rencontrera pas de problèmes techniques ou physiques. Ce n’est pas rien 180,2 km… Surtout que tu sais que le parcours n’est pas évident… Beaucoup de dénivelés et la chaleur qui commence à se faire sentir. Il n’est pas encore neuf heures et tu transpires déjà…

Même l’Irongirl n’éloignera pas assez ton esprit de ces triathlètes en train de pédaler sous un soleil écrasant. Tu souffres sur ces 5 petits kilomètres. Cette Promenade des Anglais te paraît bien longue… Alors tu te refuses à imaginer le calvaire que vont connaître ces hommes et ces femmes pour espérer devenir pour la première fois ou à nouveau un Ironman…

Tu essaies de t’occuper pour faire passer le temps. Tu t’obliges à ne pas regarder le tracker toutes les trois minutes pour voir où il en est. Parce que toute façon cela ne le fera pas avancer plus vite… Surtout que tu sais qu’il est en train d’affronter le dénivelé. Cela grimpe pour lui. Tu sais que c’est dur… Avec le reste de la team supporter, tu prépares les plans de l’après-midi. Qui se postera où et à quelle heure ? Tu sais que la suite sera difficile et qu’il aura besoin de soutien pour conserver son mental de vainqueur…

13h30… Il passe enfin les 90 km. La moitié du parcours est faite. Mais il aura mis un peu plus de 4h30 et doit être de retour sur Nice avant 17h (Tu apprendras plus tard qu’en fait, il avait jusqu’à 17h30 pour finir la partie vélo). Trois heures trente pour finir… Tu espères qu’il a les jambes pour mettre un bon coup de pédale et accélérer. À partir de ce moment, tu ne pourras pas t’empêcher de regarder l’application toutes les 15-20 minutes pour suivre son avancée… Et quand ce n’est pas toi qui regarde de ta propre initiative, ce sera le reste de la team supporter qui te le demandera…

L’attente commence à être stressante. Va-t-il arriver à temps ? Tu croises les doigts pour qu’il ne rencontre pas de problème technique. Un pneu crevé, une chaîne cassée, une chute… Tu commences à relâcher ton souffle quand tu vois qu’il accélère. Il semble être en descente, le plus gros du dénivelé doit être derrière lui maintenant…

Tu décides de rentrer à ton Airbnb après avoir mangé pour te changer (ba oui, il va falloir le suivre sur la partie course) mais surtout pour recharger ton téléphone. Parce que l’application pour le tracker te bouffe énormément de batterie. Tu lances le tracking sur ton ordinateur pour suivre son avancée en direct un peu plus tranquillement.

Il roule plutôt bien. La pression redescend. Il arrivera dans les temps sur Nice… À cette allure, il sera au parc à Vélo entre 16h15 et 16h30… À 16h, tu iras donc te poster juste la ligne d’arrivée du vélo… Sauf que l’application sur ton téléphone commence à bugguer et place ton sportif à Saint-Jean-Cap-Ferrat… Impossible de mettre à jour. Tu ne sais plus du tout où il est… Tu te rassures en te disant que de toute façon il est arrivé sur la Promenade des Anglais…

Un coup de fil du reste de la team supporter t’informe qu’il est parti pour la course. Mais comment ? Tu ne l’auras pas vu passer… Pourtant, tu étais au bon endroit au bon moment. Tu as dû baisser la tête sur ton téléphone, juste au moment où il arrivait… Les boules !!! Mais pas le temps de s’y attarder. Tu retrouves le reste de la team supporter pour la course à pied…

Supporter la course à pied

Le parcours est composé de 4 boucles sur la Promenade des Anglais. 5 km jusqu’à l’aéroport, demi-tour et de nouveau 5 km… Tu sais d’avance que cela va être très long pour ton sportif, et qu’il va avoir besoin de ta présence et de tes encouragements.

Avec le reste de la team supporter, vous vous retrouvez sur le parcours. Et plus exactement à la bifurcation pour les triathlètes. Soit ils prennent à gauche pour faire leur deuxième, troisième ou quatrième tour. Soit ils prennent à droite pour foncer vers la ligne d’arrivée…

Tu ne sais pas où est ton sportif, ne faisant plus vraiment confiance au tracker. Alors tu attends. Tu encourages les triathlètes qui passent devant toi. Et plus particulièrement ceux qui te paraissent être dans le dur et les femmes. Ba oui, elles sont tellement peu nombreuses sur cette épreuve, que tu te montres encore plus solidaire avec elles !

Tu cries, tu hurles, tu donnes de la voix pour tout le monde. Mais surtout tu guettes l’horizon, espérant voir arriver ton sportif. Tu ne sais pas vraiment quand il a commencé son épreuve de course à pied. Alors tu attends. Toute la team supporter attend, fébrile…

Puis finalement, il arrive. Et tu es rassurée… Il a l’air bien. Il sourit. Un coucou, et il repart… Pas le temps de traîner, il a encore trois tours à faire. Trois allers-retours sur cette Promenade des Anglais. Une course au mental, quand le physique a été épuisé après 3,8 km de nage et 180,2 km de vélo….

Tu sais que tu vas avoir une heure à attendre à peu près avant le deuxième passage de ton sportif. En attendant, tu continues à donner de la voix pour tous ces hommes et ces femmes, qu’ils soient à la fin de leur épreuve ou encore en plein dedans.

Les visages blancs et hagards commencent à se faire de plus en plus nombreux… C’est le moment où les sportifs vont chercher au plus fond de leurs ressources mentales et physiques pour continuer d’avancer. Chaque pas de plus est une petite victoire. Mais surtout chaque pas de plus mène vers cette finish line tant rêvée…

Être Ironman… Un rêve auquel s’accrochent ces hommes et ces femmes. Ils sont dans le dur, mais ils continuent d’avancer. En courant plus ou moins lentement, en marchant, en clopinant… Les crampes se font présentes. Et malheureusement, les blessures et les malaises aussi. Un sportif vient juste de sortir du circuit pour vomir avant de s’effondrer sur le sol…

L’Ironman est vraiment une épreuve impitoyable…

18h30… La team supporter se réunit au même endroit, dans l’attente du deuxième passage de votre sportif… Il arrivera une dizaine de minutes plus tard. De nouveau, tu es rassurée. Il n’a pas l’air d’être trop mal. Sa foulée est encore bonne. Et c’est reparti pour un tour !!!

Sauf que tu fais de nouveau l’erreur de te fier au tracker. Tu guettes l’avancée de ton sportif, tout en continuant à donner de la voix. Tu sais qu’il met un peu plus d’une heure maintenant pour faire son aller-retour… Puis le tracker t’annonce que ton sportif a entamé son quatrième et dernier tour, alors que tu ne l’as pas vu passer !

Avec le reste de la team supporter, vous ne comprenez pas. Et vous commettez l’erreur de bouger… En vous rapprochant des tribunes de la zone d’arrivée, vous l’apercevez rapidement. Bon au moins, vous savez où il en est…

Plus qu’un tour… Il a passé le fatidique mur des 30 km… Et tu repenses à ton propre marathon. À ce que tu ressentais à ce moment-là… Dans quel état d’esprit est-il ? Est-il encore suffisamment lucide pour apprécier l’instant ? Pour réaliser la portée de son effort ? Pour réaliser ce qu’il est en train d’accomplir ? Ou en chie-t-il tellement qu’il n’a qu’une hâte, celle de terminer ? Voire d’abandonner ? Tu apprendras plus tard par sa bouche, que le fameux mur du 30ème kilomètre, il aura dû l’affronter dès le kilomètre 0 à la descente du vélo…

Mais tu as confiance. Confiance en son mental. Tu sais qu’il a réussi à passer les moments les plus critiques de son épreuve. Mais surtout que quoiqu’il arrive, il a largement le temps de terminer avant la fin du temps réglementaire.

Puis tu es prise dans l’ambiance. Avec le reste de la team supporter, vous vous êtes placées dans les tribunes longeant les derniers mètres juste avant la ligne d’arrivée. Ce sont des moments vraiment intenses.

Tu assistes à des demandes en mariage… Tu vois des papas embrasser leurs enfants et franchir la ligne d’arrivée en famille. Ils sont Français, Américains, Japonais, Brésiliens… Bref, ils viennent du monde entier. Et en ce 23 Juillet 2017, ils ont réalisé un exploit. Après tant d’entraînements, d’effort, de sacrifices, ils sont enfin des Ironmans. Certains pour la première fois. Tu en as des frissons… La chair de poule.

Et surtout tu continues à hurler, à donner de la voix… “You are … An IRONMAN !!!!”… À tel point que les autres membres de la team supporter pensent que le lendemain, tu seras aphone… Et toi, aussi d’ailleurs !

Cela fait maintenant une heure que tu as vu ton sportif partir pour son quatrième et dernier tour… Avec la team supporter, vous attrapez le speaker et vous lui demandez qu’il fasse une arrivée royale à votre sportif… Et là, tu commences à guetter… Tu regardes ta montre, puis le tracker. Puis de nouveau ta montre. Tu essaies de faire des pronostics sur l’heure d’arrivée de ton sportif…

Et là, tu le vois… Et vous vous déchaînez avec le reste de la team supporter… Il n’y a pas d’autres mots. C’est juste magnifique ce qu’il a fait. Il est finisher de l’Ironman de Nice. Un an qu’il porte ce projet. Et voilà, maintenant qu’il le réalise… Tu es tellement contente pour lui.

C’est la première fois que tu passes de l’autre côté de la barrière, que tu es supporter. Et pourtant, c’est comme si tu avais toi aussi participé à cette magnifique épreuve… Clairement, tu réitéreras l’expérience !

 

  • *pour rappel, l’Ironman est le plus gros format en triathlon et se décompose en 3,8 km de nage, 180,2 km de vélo et 42,195 km de course à pied. Le tout enchaîné sur une même journée. Sinon ce ne serait pas drôle.
  • *Retrouve Kevin sur ses réseaux sociaux :
    • Instagram : @kevin_lissajoux
    • Facebook : Objectif Ironman (il serait peut-être temps de changer le nom de ta page, Kevin, maintenant que tu es un Ironman et que l’objectif est atteint 😉 )

 

 

2 thoughts on “Supporter : De l’autre côté de la barrière”

  1. Pour être, moi aussi, entrée dans la peau de la supportrice cette année (en attendant de démarrer les compétitions moi-même!), je m’y retrouve tout à fait! 🙂
    Super article et bravo à ton ami Ironman!

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