Pourquoi le discours du glow up peut être plus toxique qu’il n’y paraît
Le glow up, lorsqu’il est présenté comme une obligation constante de transformation, peut devenir profondément toxique, générant culpabilité, comparaison et épuisement. En tant que créatrice de contenus, je me questionne sans cesse sur ce que je montre et comment je le montre, pour ne pas contribuer à cette pression invisible. Mon objectif est d’inspirer, tout en restant fidèle à une approche respectueuse des corps et des rythmes de chacune.
Sommaire
Le glow up est devenu un mot-valise qu’on voit partout. Dans les vidéos “avant / après”, les routines bien-être, les conseils sport, nutrition ou mindset. On nous le vend comme une évolution naturelle : prendre soin de soi, se sentir mieux dans son corps, gagner en confiance. Sur le papier, difficile de dire non.
Mais à force de le voir partout, le glow up a fini par changer de visage. Ce qui ressemblait à une invitation bienveillante est devenu une sorte de pression silencieuse : celle d’aller toujours mieux, d’être toujours plus en forme, plus discipliné·e, plus rayonnant·e. De montrer, preuves à l’appui, que les efforts paient. Et quand ce changement ne se voit pas — ou ne vient pas — le doute s’installe : est-ce que je fais assez ? est-ce que je fais bien ?
En tant que créatrice de contenus sport et lifestyle, je parle souvent de motivation, de discipline, de confiance en soi. J’encourage à bouger, à prendre soin de son corps, à se sentir plus fort·e, plus aligné·e. Mais avec le temps, j’ai aussi compris à quel point la frontière est fine entre motiver et culpabiliser. Entre donner envie de se dépasser et laisser croire qu’il faudrait toujours aller mieux, toujours faire plus. Cet article est né de ce questionnement-là : comment continuer à inspirer sans enfermer, encourager sans imposer, et rappeler qu’évoluer ne veut pas dire se transformer à tout prix — mais aussi apprendre à s’accepter, même dans les phases moins visibles, moins “glowy”.





Le glow up : d’un concept positif à une injonction permanente
À l’origine, une idée d’évolution personnelle
Quand j’ai commencé à entendre parler de glow up, je n’y voyais rien de problématique. Au contraire. Le mot évoquait quelque chose de doux, presque rassurant. Une évolution qui ne passait pas forcément par une transformation radicale, mais par un mieux-être progressif. Un rapport plus apaisé à son corps, plus de confiance, plus d’énergie au quotidien.
Dans le sport, cette idée-là me parlait beaucoup. Parce que progresser, ce n’est pas toujours battre des records ou changer physiquement. C’est parfois juste se sentir plus à l’aise dans ses mouvements, moins essoufflé·e, un peu plus fier·e de soi à la fin d’une séance. Ce sont des choses qui ne se voient pas forcément de l’extérieur, et qui pourtant changent beaucoup à l’intérieur.
À ce moment-là, le glow up restait quelque chose de personnel. Intime, même. Il n’y avait pas d’obligation de le montrer, ni de le prouver. Il appartenait à celle ou celui qui le vivait.
Le basculement vers une norme sociale
Puis, progressivement, le glow up a cessé d’être une expérience pour devenir un format. Quelque chose de reconnaissable, de reproductible, presque de codifié. Les mêmes avant/après, les mêmes discours, les mêmes promesses. Comme si l’évolution devait forcément prendre une forme précise pour être valide.
Sur les réseaux sociaux, ce glissement est difficile à ignorer. À force de voir ces contenus, on finit par intégrer l’idée qu’il existe une “bonne” façon d’évoluer. Une version socialement acceptable du bien-être, souvent très esthétique, très visible. Le corps devient la preuve principale que quelque chose a changé, que les efforts ont payé.
Et sans même s’en rendre compte, on commence à se situer. À comparer son rythme, son corps, son état d’esprit à ceux des autres. Pas toujours par jalousie, mais par réflexe. Parce que tout est mis en scène pour ça. Le glow up ne se vit plus seulement pour soi, il se mesure à l’aune du regard extérieur.
Quand le “tu peux” devient un “tu dois”
C’est là que quelque chose se tend. Parce que le discours reste positif en apparence, mais il laisse de moins en moins de place à la nuance. On nous dit “tu peux changer”, “tu peux aller mieux”, “tu peux devenir la meilleure version de toi-même”. Et très vite, ce “tu peux” se transforme en “si tu ne le fais pas, c’est qu’il y a un problème”.
Dans mon travail de créatrice de contenus, je me heurte souvent à cette frontière. Je parle de motivation, de régularité, de constance. Mais je sais aussi à quel point ces messages peuvent être reçus comme une injonction, surtout quand on traverse une période plus compliquée. À force de mettre en avant celles et ceux qui évoluent, qui avancent, qui progressent visiblement, on finit par rendre invisibles les autres parcours.
Ceux où l’on stagne. Ceux où l’on ralentit. Ceux où l’on choisit simplement de maintenir l’équilibre plutôt que de chercher à se transformer. Pourtant, rester stable peut être un choix fort. Un acte de respect envers soi-même. Mais dans un univers obsédé par l’amélioration permanente, cette stabilité-là a du mal à trouver sa place.
Une violence douce : quand l’amélioration de soi devient une pression
La violence symbolique d’un discours bienveillant
Ce qui rend le discours du glow up si puissant, mais aussi si difficile à remettre en question, c’est qu’il se présente toujours comme une aide. Une main tendue. Une invitation à prendre soin de soi. Il n’y a pas d’ordre, pas de menace, pas de sanction visible. Juste des phrases rassurantes, répétées encore et encore : fais-le pour toi, tu mérites mieux, tu as le pouvoir de changer.
Et pourtant, cette bienveillance apparente peut devenir étouffante. Parce qu’elle ne laisse que très peu d’espace au doute, à la fatigue, à l’envie de ne rien faire. Quand le message dominant est qu’il suffit de vouloir pour aller mieux, toute difficulté à avancer est perçue comme un manque de volonté personnelle. La pression ne vient plus d’une voix extérieure, elle se loge à l’intérieur. Elle se transforme en auto-critique permanente.
Dans ce contexte, l’inconfort devient presque normalisé. Se sentir coupable de ne pas s’entraîner, de ne pas manger “comme il faut”, de ne pas être assez motivée devient banal. Comme si cette tension constante était le moteur nécessaire du changement. Et remettre en question ce modèle peut donner l’impression de refuser de “faire des efforts”, alors qu’il s’agit souvent simplement d’écouter ses limites.
L’illusion du choix individuel
Le glow up est presque toujours présenté comme une démarche volontaire, individuelle, libre. Chacune serait responsable de sa transformation, de son bien-être, de son évolution. En théorie, c’est rassurant : si tout dépend de nous, alors tout est possible. Mais dans la réalité, cette vision est profondément réductrice.
Elle fait abstraction de tout ce qui conditionne notre capacité à changer : l’état de santé physique ou mentale, la charge mentale, le travail, les responsabilités, les moyens financiers, l’environnement social. Deux personnes peuvent suivre exactement les mêmes conseils, sans jamais obtenir les mêmes résultats. Et pourtant, le discours dominant continue de faire comme si ces différences n’existaient pas.
Dans l’univers du sport, cette logique est particulièrement marquée. Le corps devient un terrain de preuve. Si tu t’entraînes régulièrement, si tu manges “bien”, si tu adoptes le bon mindset, alors ton glow up est censé suivre. Quand ce n’est pas le cas, la responsabilité retombe presque entièrement sur l’individu. Pas assez disciplinée. Pas assez organisée. Pas assez engagée.
Ce glissement est insidieux, parce qu’il transforme des conseils en jugements, et des parcours personnels en évaluations silencieuses. Le choix individuel devient une illusion, masquant une pression collective très réelle.
Le glow up comme nouvelle forme de performance
À ce stade, le glow up n’est plus seulement une évolution, il devient une performance continue. Une performance sans ligne d’arrivée claire. Il n’y a pas de moment où l’on peut dire “c’est bon, j’ai assez fait”. Il y a toujours quelque chose à améliorer : le corps, l’énergie, la discipline, l’état d’esprit, l’équilibre de vie.
Les objectifs restent flous, mais omniprésents. On ne sait jamais exactement ce qu’il faudrait atteindre, seulement ce qu’il faudrait dépasser. On apprend alors à se mesurer en permanence. À surveiller ses habitudes, ses pensées, ses sensations. Même les moments de repos sont évalués : est-ce que je récupère correctement ? est-ce que ce repos est “mérité” ?
Dans cette logique, la peur de stagner devient presque plus forte que l’envie d’évoluer. Revenir en arrière, lever le pied, ralentir est perçu comme un risque. Comme si tout ce qui n’allait pas vers plus de mieux était forcément un recul. Et c’est ainsi que l’amélioration de soi, censée apporter du bien-être, se transforme en une pression constante, parfois épuisante, qui laisse peu de place à la simple expérience d’être, sans chercher à optimiser chaque aspect de sa vie.
Le glow up et la culpabilisation des corps et des esprits
Un discours qui rend l’individu responsable de son mal-être
C’est sans doute ici que le discours du glow up me met le plus mal à l’aise, surtout en tant que créatrice de contenus. Parce que je sais à quel point certaines phrases peuvent sembler inoffensives, presque bienveillantes, et pourtant laisser des traces. Si tu veux, tu peux. Tout est une question de discipline. Il suffit de s’y mettre. Je les ai entendues, je les ai lues, et oui, je les ai parfois reprises moi-même.
Le problème, ce n’est pas l’idée de responsabilité en soi. C’est le raccourci qu’elle crée. Vouloir aller mieux ne signifie pas toujours en avoir les moyens, ni physiques, ni mentaux. Dans le sport, on le sait pourtant très bien : il y a des jours avec, et des jours sans. Des périodes de progression, et d’autres où le corps ne répond plus. Mais dès qu’il s’agit de bien-être global, cette nuance disparaît.
Petit à petit, une confusion s’installe entre la volonté et la capacité réelle. Et quand les résultats ne sont pas là — pas de transformation visible, pas de regain d’énergie spectaculaire — la question ne devient pas qu’est-ce qui se passe pour moi ? mais qu’est-ce que je fais mal ? Le mal-être est alors vécu comme une défaillance personnelle. Une preuve qu’on n’a pas su faire les bons choix, ou qu’on n’a pas été assez fort·e. Cette culpabilité est d’autant plus lourde qu’elle est silencieuse : personne ne la formule, mais tout semble la suggérer.
La hiérarchisation des corps et des états mentaux
Créer du contenu, c’est trier. Choisir ce qui mérite d’être montré. Et dans l’univers sport et lifestyle, ces choix construisent une hiérarchie très nette, même quand elle n’est jamais assumée. Certains corps deviennent des références, presque des modèles implicites. Ils incarnent la régularité, la discipline, la “réussite”. D’autres disparaissent du champ, non pas parce qu’ils sont moins valables, mais parce qu’ils sont moins lisibles dans le récit du glow up.
Cette hiérarchisation ne concerne pas uniquement l’apparence physique. Elle touche aussi les états mentaux. Être motivé·e, énergique, confiant·e devient un idéal à atteindre — et surtout à afficher. Le bien-être se met en scène. Il se montre à travers des routines, des sourires, des corps en mouvement. À l’inverse, la fatigue chronique, les doutes, l’anxiété n’ont pas vraiment leur place dans ces formats courts et inspirants.
En tant que créatrice, je me pose souvent la question : qu’est-ce que je rends visible, et qu’est-ce que je rends invisible ? Et surtout, qu’est-ce que cela raconte, malgré moi, sur ce qui serait “désirable” ou non ? Même sans le vouloir, on participe à cette hiérarchie. Et c’est inconfortable à reconnaître.
Quand ne pas glow up devient un échec personnel
Ce déséquilibre a des conséquences très concrètes. À force de voir certaines trajectoires mises en avant, ne pas glow up devient plus qu’une simple absence de changement : cela ressemble à un échec. Pas un échec ponctuel, mais quelque chose de plus diffus, plus profond. Comme si l’on passait à côté de sa propre vie, ou de son potentiel.
Je reçois souvent des messages de personnes qui s’excusent presque. Elles parlent de leur corps qui ne change pas, de leur motivation en dents de scie, de leur impression de faire “moins bien” que les autres. Et ce qui me frappe, c’est la sévérité avec laquelle elles se jugent. Comme si rester au même endroit n’était pas une option acceptable.
À long terme, cette logique abîme la confiance en soi. Elle installe un sentiment d’inadéquation permanent : jamais assez discipliné·e, jamais assez transformé·e, jamais vraiment légitime. Et c’est là toute la contradiction du glow up : censé nous aider à nous sentir mieux, il finit parfois par nous éloigner de l’acceptation de soi — celle-là même qui devrait être au cœur d’un rapport sain au sport, au corps et au bien-être.
Réseaux sociaux : le terrain de jeu idéal du glow up toxique
L’esthétique du avant / après
S’il y a bien un format qui résume à lui seul le discours du glow up sur les réseaux sociaux, c’est celui du avant / après. Il est simple, efficace, immédiatement lisible. En une image, parfois en quelques secondes de vidéo, tout semble réglé : il y avait un “avant” — flou, désordonné, imparfait — et il y a désormais un “après” — maîtrisé, aligné, lumineux. Le problème, ce n’est pas le format en lui-même. C’est tout ce qu’il efface.
Le avant / après simplifie à l’extrême des parcours qui sont, en réalité, tout sauf linéaires. Il gomme les hésitations, les retours en arrière, les périodes de fatigue, les abandons temporaires. Il fait disparaître le temps long, celui qui ne rentre pas dans une narration spectaculaire. En tant que créatrice, je sais à quel point ce format est tentant, parce qu’il fonctionne. Il capte l’attention. Il raconte une histoire claire. Mais il raconte rarement la vérité.
À force de consommer ces images, on finit par intégrer une vision très réductrice de l’évolution personnelle. Comme si changer devait forcément être rapide, visible et définitif. Comme s’il n’y avait qu’un point de départ et un point d’arrivée. Or, dans le sport comme dans la vie, il y a surtout des allers-retours, des ajustements, des phases où l’on doute. Le avant / après ne ment pas toujours par ce qu’il montre, mais par tout ce qu’il choisit de ne pas montrer.
La mise en scène d’un bien-être performatif
Les réseaux sociaux ne montrent pas seulement des corps qui changent. Ils mettent en scène un certain idéal du bien-être. Des sourires constants, des routines millimétrées, des entraînements parfaitement intégrés dans des quotidiens harmonieux. Tout semble fluide, maîtrisé, presque sans effort. Et là encore, le problème n’est pas que ces moments existent. C’est qu’ils deviennent la norme visible.
En tant que créatrice, je suis pleinement consciente de ce décalage. Ce que je montre est souvent une version choisie de mon quotidien. Pas nécessairement fausse, mais partielle. Les jours de fatigue, de démotivation, de doute, passent rarement à l’écran. Non pas par malhonnêteté, mais parce que ces moments sont plus difficiles à raconter, moins “engageants”, moins compatibles avec les formats imposés par les plateformes.
À force, une confusion s’installe entre l’image et le vécu. On finit par croire que le bien-être ressemble à ce qui est montré : lisse, constant, visible. Et quand notre réalité ne correspond pas à cette image, on se sent en décalage. Comme si l’on faisait quelque chose de travers. Le bien-être devient alors une performance à tenir, plutôt qu’un état fluctuant à accueillir.
La marchandisation de l’insécurité
Le glow up sur les réseaux sociaux n’est pas seulement un discours. C’est aussi un marché. Un écosystème entier qui repose sur une idée simple : quelque chose manque, et ce manque peut être comblé. Un programme, une routine, un produit, un coaching promettent de combler l’écart entre ce que l’on est et ce que l’on pourrait devenir.
En tant que créatrice de contenus, cette dimension est impossible à ignorer. Les partenariats, les recommandations, les liens affiliés font partie du paysage. Et même lorsqu’ils sont faits avec sincérité, ils s’inscrivent dans une logique plus large : celle où l’amélioration de soi devient un levier économique. Le sentiment de ne pas être assez — assez en forme, assez discipliné·e, assez aligné·e — alimente directement cette mécanique.
Ce qui me dérange profondément, c’est que cette marchandisation s’appuie souvent sur l’insécurité plutôt que sur l’autonomie. Elle renforce l’idée qu’il faut toujours plus : plus d’outils, plus de méthodes, plus de solutions extérieures. Le glow up devient alors non seulement une injonction, mais une promesse payante. Et dans ce système, la culpabilité et le doute ne sont pas des effets secondaires : ce sont des moteurs.





Glow up et santé mentale : un discours incompatible avec la réalité humaine
Le mythe de la progression linéaire
Le glow up repose sur une idée très rassurante, presque séduisante : celle que l’on peut aller mieux de manière continue. Comme si l’évolution personnelle suivait une courbe ascendante, logique, prévisible. On commence “mal”, puis on progresse, on apprend, on s’améliore, et on finit par atteindre un état plus stable, plus lumineux. Cette narration est omniprésente, notamment dans le sport et le lifestyle, où l’on valorise la constance, la discipline, le fait de ne pas lâcher.
Mais cette vision ne correspond pas à la réalité humaine. Ni à celle des corps, ni à celle des esprits. Même dans l’entraînement, où la progression est pourtant mesurable, il existe des plateaux, des régressions temporaires, des blessures, des périodes où le corps refuse tout simplement d’avancer. Et malgré cela, on continue à véhiculer l’idée que le bien-être — lui — devrait être plus simple, plus fluide, presque mécanique.
Ce mythe devient particulièrement violent dès lors que l’on parle de santé mentale. Aller mieux n’est pas un état stable. C’est un mouvement fragile, souvent instable, parfois contradictoire. On peut se sentir bien pendant un temps, puis replonger sans raison apparente. On peut avancer sur certains aspects de sa vie, tout en ayant l’impression de stagner, voire de régresser, sur d’autres. Le glow up, tel qu’il est raconté, ne laisse pas de place à ces nuances.
En tant que créatrice de contenus, je me rends compte à quel point cette narration influence aussi ce que je montre. On partage plus facilement les phases “haut”, celles qui donnent l’impression d’un chemin clair. Les phases de doute, de recul, de fragilité sont plus difficiles à intégrer dans un récit cohérent. Et pourtant, ce sont elles qui composent l’essentiel de la réalité humaine. Les ignorer, c’est renforcer l’idée qu’elles sont anormales.
Le déni de la fatigue, du trauma et du repos
Dans l’imaginaire du glow up, la fatigue est souvent perçue comme un obstacle à dépasser, pas comme un signal à écouter. On parle de motivation, de discipline, de régularité, comme si ces qualités pouvaient tout résoudre. Le repos, lui, n’est toléré que s’il est productif : récupération active, self-care optimisé, pause stratégique avant de repartir “plus fort”.
Ce discours nie profondément ce que vivent de nombreuses personnes. La fatigue chronique, mentale ou physique, ne disparaît pas avec de la volonté. Les traumas ne se règlent pas à coups de routines bien-être. Et pourtant, le glow up suggère souvent qu’il suffit de s’organiser différemment, de mieux gérer son temps, de faire les “bons choix”. Comme si l’épuisement était une mauvaise gestion personnelle, et non une réalité complexe.
Dans le sport, on commence heureusement à parler davantage de récupération, de prévention des blessures, de respect des signaux du corps. Mais dès que l’on élargit au bien-être global, cette sagesse disparaît. Le glow up devient une activité permanente : mieux manger, mieux bouger, mieux penser, mieux dormir. Toujours mieux. Sans jamais vraiment s’arrêter.
Cette vision est violente pour les corps fatigués et pour les esprits déjà surchargés. Elle pousse à aller contre soi, à ignorer les signaux d’alerte, à se forcer là où il faudrait ralentir. Et elle entretient une culpabilité profonde : celle de se reposer “trop”, de ne pas en faire assez, de ne pas être capable de tenir le rythme imposé par des récits qui ne tiennent pas compte de la réalité du vécu.
Quand le glow up empêche d’écouter ses limites
À force d’être exposé·e au discours du glow up, quelque chose se dérègle dans notre rapport à nous-mêmes. On apprend à se regarder de l’extérieur avant même de se ressentir de l’intérieur. À se demander si ce que l’on vit est “acceptable”, “normal”, “suffisant”, plutôt que de se demander simplement comment on va.
En tant que créatrice de contenus, cette tension est permanente. Ce qui est visible existe. Ce qui ne se voit pas disparaît. Alors on montre des entraînements, des routines, des moments de motivation. Et même quand tout cela est sincère, cela peut créer un décalage. Parce que derrière l’image, il y a parfois de la fatigue, du doute, une charge mentale que l’on ne sait pas comment raconter — ou que l’on n’ose pas montrer.
Le glow up encourage cette dissociation. Il valorise l’image d’un corps et d’un esprit maîtrisés, alignés, sous contrôle. Écouter ses limites devient presque secondaire. On repousse, on rationalise, on minimise. On se dit que ça ira mieux demain, qu’il faut juste “tenir encore un peu”. Et pendant ce temps, les signaux d’alerte s’accumulent.
Le plus inquiétant, c’est que cette logique peut retarder la prise en charge de la souffrance réelle. On normalise l’inconfort, on le maquille sous des discours positifs, on le confond avec un simple manque de motivation. Le glow up, censé nous reconnecter à nous-mêmes, finit alors par faire l’inverse : il nous apprend à ignorer nos limites, au nom d’une image à maintenir et d’un idéal de transformation qui ne correspond pas à la réalité humaine.
Déconstruire le glow up : vers une vision plus juste de l’évolution personnelle
Redéfinir ce que signifie “aller mieux”
Si le glow up pose autant de problèmes, ce n’est pas parce que l’idée d’aller mieux serait mauvaise en soi. C’est parce que nous avons réduit cette notion à quelque chose de visible, de mesurable, presque de spectaculaire. Aller mieux devrait se voir. Se prouver. S’afficher. Et tout ce qui n’entre pas dans ce cadre est considéré comme insuffisant, voire inexistant.
Avec le temps, j’ai compris que certaines des évolutions les plus importantes ne se voient pas. Elles ne se lisent ni sur un corps, ni sur une photo, ni dans une routine parfaite. Aller mieux, cela peut être apprendre à se parler avec plus de douceur. Se reposer sans culpabiliser. Arrêter de se battre en permanence contre soi-même. Ces changements-là ne sont pas photogéniques, mais ils transforment profondément le rapport à soi.
Dans le sport aussi, tout n’est pas visible. On peut gagner en confiance, en aisance, en respect de son corps sans que cela se traduise par une transformation physique spectaculaire, ou des RP à gogo. Pourtant, ces progrès sont souvent relégués au second plan, parce qu’ils ne nourrissent pas la narration dominante du glow up.
Redéfinir ce que signifie “aller mieux”, c’est accepter que la valeur d’une personne ne soit pas indexée à son apparence, à sa productivité ou à sa capacité à se transformer. C’est reconnaître que le bien-être n’a pas toujours besoin d’être montré pour être réel.
Sortir de la logique de transformation permanente
L’un des effets les plus épuisants du glow up est cette impression qu’il faudrait toujours changer. Toujours évoluer. Toujours travailler sur soi. Comme si rester au même endroit était un échec, et non une option possible. Cette logique laisse peu de place à la stabilité, alors même qu’elle peut être profondément réparatrice.
Dans mon propre rapport au sport et au bien-être, j’ai dû apprendre à accepter l’idée que certaines périodes ne seraient pas dédiées à la progression. Que parfois, l’objectif n’est pas de faire mieux, mais simplement de tenir. De maintenir un équilibre fragile. Et que cela aussi, c’est une forme de réussite.
Il y a un droit à l’inachèvement dont on parle très peu. Le droit de ne pas être une version “optimisée” de soi-même. Le droit de ne pas tout régler, tout comprendre, tout transformer. Le glow up, tel qu’il est souvent présenté, ne laisse aucune place à cette imperfection durable. Il promet une version finale, aboutie, presque figée du soi.
Sortir de cette logique, c’est aussi réhabiliter la lenteur. Accepter que certains changements prennent du temps, et que d’autres n’arrivent peut-être jamais — sans que cela n’enlève quoi que ce soit à la valeur de la personne que l’on est déjà.
Vers une évolution choisie, et non imposée
Déconstruire le glow up ne signifie pas renoncer à toute forme de motivation ou d’envie de changement. Cela signifie reprendre la main sur ce que l’on souhaite vraiment, indépendamment des normes collectives et des injonctions sociales. Se demander : pour qui est-ce que je fais ça ? et à quel prix ?
En tant que créatrice de contenus, cette question est centrale. Chaque message peut inspirer, mais aussi influencer, parfois plus que je ne l’imagine. C’est pourquoi je crois de plus en plus à une évolution choisie, consciente, ancrée dans le réel. Une évolution qui respecte les limites, les contraintes, les périodes de fatigue, plutôt que de les nier.
Revenir à une forme d’autonomie réelle, c’est accepter que nos rythmes ne correspondent pas toujours à ceux des autres. Que ce qui est juste pour l’un·e ne l’est pas forcément pour l’autre. Et que suivre son propre tempo est souvent plus courageux que de se conformer à ce qui est valorisé.
Au fond, l’évolution personnelle la plus saine n’est peut-être pas celle qui se voit le plus, mais celle qui nous rapproche de nous-mêmes — sans violence, sans culpabilité, et sans avoir à prouver quoi que ce soit.
Conclusion : Trouver l’équilibre entre évoluer et s’accepter
Écrire cet article, c’est accepter de rester dans une zone inconfortable. Celle où je continue de parler de sport, de motivation, d’évolution personnelle, tout en questionnant les codes mêmes qui structurent cet univers. Celle où je sais que chaque message peut inspirer, mais aussi peser. Motiver, mais parfois culpabiliser. Et où il n’y a pas de réponse parfaite, ni de position totalement neutre.
Je ne veux pas arrêter de parler d’évolution, ni faire croire que vouloir se sentir mieux dans son corps serait un problème. J’ai envie de progresser, de me sentir plus forte, plus confiante, plus alignée. Mais je veux le faire autrement. Sans me battre contre moi-même. Sans transformer chaque fatigue en défaut, chaque pause en échec, chaque stagnation en faute personnelle. J’ai envie d’une évolution qui laisse de la place aux cycles, aux limites, aux jours sans, autant qu’aux élans et aux victoires.
Aujourd’hui, ce que je cherche — et ce que j’essaie de transmettre — c’est un rapport plus apaisé au corps et au mouvement. Une motivation qui ne repose pas sur la honte ou la comparaison. Une confiance en soi qui ne dépend pas de l’apparence, ni d’une transformation visible. Être en paix avec son corps, ce n’est pas renoncer à évoluer, c’est choisir une évolution qui respecte qui l’on est, là où l’on en est.
Si ces réflexions résonnent en toi, si tu ressens toi aussi ce tiraillement entre l’envie d’évoluer et le besoin de t’accepter, je t’invite à rejoindre ma newsletter “Devenir That Girl”. On y parle de glow up, oui — mais d’un glow up non toxique, plus lent, plus conscient, plus respectueux des corps et des esprits. Un espace pour évoluer sans se perdre, et avancer sans se faire violence.
Et si le vrai glow up était simplement d’évoluer sans se faire violence ?
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