Arrêter de vouloir devenir une autre version de soi-même : apprendre à évoluer sans se rejeter

Se sentir “pas assez”, c’est vivre avec l’impression diffuse qu’il te manque toujours quelque chose pour avoir le droit d’être sereine, fière ou légitime. Tu as beau faire des efforts, avancer, cocher des cases, le seuil semble sans cesse se déplacer, comme si ta valeur dépendait d’un idéal impossible à atteindre. À force, ce sentiment ne parle plus de ce que tu es réellement, mais du regard exigeant — souvent emprunté aux autres — à travers lequel tu as appris à te juger.

Se sentir “pas assez”, c’est vivre avec l’impression diffuse qu’il te manque toujours quelque chose pour avoir le droit d’être sereine, fière ou légitime. Tu as beau faire des efforts, avancer, cocher des cases, le seuil semble sans cesse se déplacer, comme si ta valeur dépendait d’un idéal impossible à atteindre. À force, ce sentiment ne parle plus de ce que tu es réellement, mais du regard exigeant — souvent emprunté aux autres — à travers lequel tu as appris à te juger.

Sommaire

On ne te l’a peut-être jamais dit aussi clairement, mais aujourd’hui, tout semble te souffler la même chose : tu pourrais être mieux. Une meilleure version de toi. Plus organisée. Plus disciplinée. Plus productive. Plus confiante. Plus mince. Plus sereine. Plus… quelque chose.

Comme s’il existait quelque part une version optimisée de toi-même, plus lumineuse, plus accomplie, et que ton rôle était de courir après elle. Alors tu essaies. Tu te fixes des objectifs. Des routines. Des résolutions.

Tu promets de changer, de corriger, d’améliorer. Et sans même t’en rendre compte, tu commences à te regarder comme un projet à réparer. Autour de toi, tout semble confirmer cette idée. Les réseaux sociaux débordent de vies parfaitement maîtrisées. Les discours motivationnels te répètent que “si tu voulais vraiment, tu pourrais”. Les success stories te donnent l’impression que les autres ont trouvé la formule… sauf toi.

Alors tu compares. Et plus tu compares, plus un sentiment discret s’installe : je ne suis pas assez. Pas assez organisée. Pas assez courageuse. Pas assez avancée. Pas assez mince. Pas assez belle. Pas assez bien.

Et ce qui ressemblait au départ à une envie d’évoluer devient doucement autre chose : une tentative d’effacer certaines parts de toi. Comme si grandir signifiait forcément te corriger. Comme si t’améliorer voulait dire devenir quelqu’un d’autre. C’est là que le piège se referme.

Parce qu’à force de vouloir devenir une autre version de toi-même, tu finis par oublier une chose essentielle : et si tu n’avais jamais eu besoin d’être différente pour avoir de la valeur ?

Pourquoi avons-nous l’impression de ne jamais être “assez” ?

L’idéal de la “meilleure version de soi”

Depuis quelques années, la notion de “meilleure version de soi” s’est imposée comme une évidence culturelle. On la retrouve partout, parfois sans même la questionner : dans les livres de développement personnel, les podcasts, les newsletters, les programmes d’organisation, les méthodes pour optimiser son temps, son corps, son mental. Le message est simple et séduisant : tu peux toujours t’améliorer. Être plus efficace, plus calme, plus productive, plus équilibrée. Dit comme ça, cela semble sain, presque logique. Après tout, évoluer fait partie de la vie.

Mais ce discours repose souvent sur une idée beaucoup moins neutre qu’il n’y paraît : celle que la personne que tu es aujourd’hui n’est pas satisfaisante. Il ne s’agit plus seulement de grandir ou d’apprendre, mais de corriger, d’optimiser, de gommer. Comme s’il existait une version idéale de toi-même, plus performante et plus maîtrisée, que tu devrais atteindre. Cette projection devient un standard invisible à partir duquel tu évalues tout : tes habitudes, ton corps, ta façon de travailler, ta personnalité, ton rapport aux autres.

À force, tu ne te regardes plus comme une personne en chemin, mais comme un projet d’amélioration continue. Tu te perçois moins comme quelqu’un à écouter que comme quelque chose à transformer. Ce glissement est subtil, mais il change tout : au lieu de partir de l’acceptation de qui tu es pour évoluer, tu pars du principe que ce que tu es aujourd’hui est insuffisant. Et quand ton point de départ est l’insuffisance, aucun progrès ne semble jamais suffisant. La fameuse “meilleure version” reste toujours un peu plus loin, ce qui entretient en permanence l’impression de ne pas être à la hauteur.

La comparaison permanente

À cette pression déjà bien installée s’ajoute un mécanisme presque automatique : la comparaison. Se comparer fait partie du fonctionnement humain, mais notre environnement actuel a démultiplié ce réflexe. Avec les réseaux sociaux et la mise en scène permanente des parcours individuels, tu es exposée chaque jour à une accumulation de réussites visibles : reconversions inspirantes, corps transformés, maisons rangées, routines matinales parfaites, carrières qui décollent. Même quand tu sais que ces images sont triées, filtrées, scénarisées, elles finissent par influencer ta perception.

Le problème, c’est que tu compares des choses qui ne sont pas comparables. Tu compares ton quotidien brut — avec tes doutes, tes hésitations, ta fatigue, tes moments de flottement — à la vitrine soigneusement construite des autres. Tu compares tes coulisses à leur scène. Forcément, l’écart semble immense. Et cet écart, tu ne l’interprètes pas comme une différence de contexte ou de rythme, mais comme une preuve personnelle d’insuffisance.

Petit à petit, cela installe l’idée que tu es en retard. Que tu devrais déjà avoir compris certaines choses, être plus avancée, plus stable, plus sûre de toi. Tes limites naturelles — ton besoin de repos, ton manque d’énergie certains jours, ton rythme plus lent — cessent d’être perçues comme normales. Elles deviennent des défauts à corriger. À force de te mesurer en permanence aux autres, tu perds le contact avec ton propre tempo. Tu ne te demandes plus ce qui est juste pour toi, mais ce qui te permettrait de “rattraper” un standard extérieur qui, en réalité, n’a rien d’objectif.

Le piège du “je dois changer”

Lorsque l’idéal de perfection rencontre la comparaison constante, il se transforme presque inévitablement en injonctions intérieures. C’est là qu’apparaissent tous ces “je dois” qui rythment le quotidien : je dois me lever plus tôt, je dois arrêter de procrastiner, je dois mieux manger, je dois mieux gérer mes émotions, je dois être plus positive, plus organisée, plus constante. Ces phrases peuvent sembler motivantes au départ, mais elles reposent rarement sur une véritable écoute de tes besoins. Elles sont souvent le symptôme d’une insatisfaction chronique.

Peu à peu, le changement ne devient plus un choix, mais une obligation morale. Tu n’essaies plus d’évoluer parce que quelque chose t’attire ou te fait du bien, mais parce que tu as le sentiment que tu n’es pas acceptable telle que tu es. L’amélioration personnelle se transforme alors en tentative de correction permanente. Chaque comportement devient un problème à régler, chaque faiblesse un défaut à éliminer. Tu entres dans une logique de contrôle continu de toi-même.

Ce fonctionnement a un coût énorme, notamment mentalement. Se surveiller sans cesse, se juger au moindre écart, culpabiliser quand on ne tient pas ses résolutions crée une tension constante. Tu passes plus de temps à évaluer ce que tu fais qu’à simplement vivre. Et surtout, l’amour de toi devient conditionnel : tu te dis que tu seras bienveillante avec toi-même plus tard, quand tu auras enfin réussi à changer. Mais ce “plus tard” ne vient jamais vraiment. Parce qu’on ne peut pas construire une relation apaisée à soi-même à partir du principe qu’on est un problème à résoudre. À force de vouloir te transformer à tout prix, tu finis surtout par t’épuiser… et par renforcer cette croyance initiale que tu n’es décidément jamais “assez”.

Quand vouloir s’améliorer devient une forme de violence contre soi

Les bonnes résolutions comme cadre trop rigide

Les bonnes résolutions partent souvent d’une intention sincère. Tu veux te sentir mieux, reprendre la main sur certaines habitudes, sortir de schémas qui ne te conviennent plus. Sur le principe, il n’y a rien de problématique à cela. Pourtant, la manière dont ces résolutions sont généralement formulées transforme vite cette envie d’évolution en quelque chose de beaucoup plus contraignant. On dresse des listes, on fixe des règles strictes, on définit des objectifs précis et non négociables, comme si la seule façon de changer était de se cadrer sévèrement.

Ce cadre, en apparence rassurant, repose souvent sur une logique binaire : soit tu respectes parfaitement ce que tu as prévu, soit tu as échoué. Il y a peu de place pour la nuance, pour les imprévus, pour ton énergie du moment. Tu te retrouves à fonctionner comme si tu devais rentrer dans un moule prédéfini, indépendamment de ta personnalité, de ton rythme ou de ta réalité quotidienne. Or un cadre trop rigide ne soutient pas le changement, il le contraint.

Ce qui est rarement questionné, c’est l’intention cachée derrière ces résolutions. Souvent, il ne s’agit pas simplement d’ajouter quelque chose à ta vie, mais d’en supprimer des parts jugées indésirables : arrêter d’être “trop” sensible, “trop” lente, “pas assez” organisée, “pas assez” productive. Autrement dit, tu ne cherches pas seulement à évoluer, tu cherches à corriger ce que tu considères comme des défauts de fabrication. Les objectifs ne sont plus pensés pour te respecter, mais pour te transformer en quelqu’un d’autre.

À force, ces résolutions ressemblent moins à des outils d’aide qu’à une tentative de te mettre au pas. Tu entres dans une relation d’autorité avec toi-même, où une partie de toi donne des ordres et l’autre est sommée d’obéir. Ce rapport interne, très dur, laisse peu de place à l’écoute et à la compréhension. Et quand le changement se construit contre toi plutôt qu’avec toi, il finit presque toujours par se fissurer.

La charge mentale du contrôle permanent

Adopter des règles strictes implique une conséquence souvent sous-estimée : la surveillance constante. Une fois que tu as décidé que tu devais faire les choses “correctement”, tu commences à t’observer en permanence. Tu analyses ce que tu manges, la façon dont tu travailles, le temps que tu passes sur ton téléphone, ton niveau de productivité, ton humeur, ta motivation. Chaque comportement devient quelque chose à mesurer, à optimiser, à corriger.

Cette auto-surveillance peut donner l’illusion du contrôle, mais elle mobilise énormément d’énergie mentale. Au lieu d’être simplement présente à ce que tu fais, tu es toujours en train de t’évaluer. Tu ne vis plus vraiment les choses, tu les juges. Cette posture crée une tension de fond, comme si tu étais à la fois l’élève et le professeur, celle qui agit et celle qui critique en permanence. À la longue, c’est épuisant.

Et inévitablement, il arrive des écarts. Tu n’as pas l’énergie de faire du sport, tu procrastines, tu manges différemment de ce que tu avais prévu, tu laisses tomber une routine. Des choses parfaitement humaines, en réalité. Mais dans un système aussi exigeant, ces écarts ne sont pas perçus comme normaux : ils deviennent des fautes. La culpabilité s’installe très vite. Tu te reproches ton manque de volonté, ton “absence de discipline”, comme si le problème venait de ta personnalité plutôt que du cadre irréaliste que tu t’imposes.

Petit à petit, le plaisir disparaît. Même les activités censées te faire du bien deviennent des obligations. Tu ne fais plus du sport pour te sentir vivante, mais pour cocher une case. Tu ne te reposes plus par besoin, mais seulement quand tu t’y autorises. Le cercle se met alors en place : plus tu exiges de toi, plus tu te fatigues ; plus tu te fatigues, plus tu abandonnes ; plus tu abandonnes, plus tu culpabilises. Et cette culpabilité renforce l’idée que tu dois être encore plus stricte la prochaine fois.

Pourquoi ça ne fonctionne jamais vraiment

Si ces méthodes étaient réellement efficaces, tu n’aurais sans doute pas l’impression de recommencer à zéro chaque année ou chaque mois. Le fait que les mêmes résolutions reviennent en boucle est déjà un indice : le problème ne vient pas d’un manque de volonté, mais de la stratégie elle-même. On ne peut pas construire un changement durable sur une base de rejet de soi. Quand tu cherches à évoluer parce que tu penses ne pas être assez bien, tu avances avec une tension constante, comme si tu te battais contre toi-même.

Or, plus tu te forces, plus une partie de toi résiste. Ce n’est pas de la paresse ou de la mauvaise volonté, c’est un mécanisme humain très simple. Personne ne réagit bien à la contrainte permanente, même quand cette contrainte vient de soi. Plus tu t’imposes des règles strictes, plus ton cerveau cherche à s’en libérer. Ce qui ressemble à un manque de discipline est souvent une forme d’auto-protection face à une pression excessive.

Le changement imposé crée donc surtout de la friction. Tu avances par à-coups, entre périodes de contrôle intense et phases de relâchement total. Ce yo-yo est épuisant et donne l’impression de stagner, voire de régresser. À l’inverse, les transformations qui durent sont généralement celles qui partent d’un endroit plus calme, plus respectueux, où tu cherches à comprendre tes besoins plutôt qu’à te corriger.

En réalité, on ne peut pas grandir sereinement en se considérant comme un problème à résoudre. Tant que tu te places dans une logique de lutte contre toi-même, chaque tentative d’amélioration ressemble à une punition déguisée. Et aucune évolution ne peut s’ancrer durablement dans un climat de guerre intérieure. Pour changer vraiment, il faut d’abord sortir de cette violence silencieuse que tu t’infliges sans même t’en rendre compte.

Et si le problème n’était pas toi, mais la manière dont tu essayes de changer ?

Accepter que tu n’es pas “cassée”

Quand on passe beaucoup de temps à vouloir s’améliorer, on finit par intégrer une idée très insidieuse : s’il faut autant travailler sur soi, c’est sans doute parce qu’il y a quelque chose qui cloche. Comme si tu étais, au fond, un peu défectueuse. Pas totalement adaptée. Pas encore “réglée”. Cette perception devient tellement familière que tu ne la remets même plus en question. Tu abordes ta personnalité, tes émotions ou tes difficultés comme des problèmes techniques à corriger.

Pourtant, cette façon de te voir repose sur une hypothèse discutable : celle que tu serais censée fonctionner parfaitement. Être toujours motivée, stable, organisée, productive, confiante. Or aucun être humain ne fonctionne ainsi. Ce que tu interprètes comme des défauts sont souvent simplement des limites naturelles, des réactions liées à ton histoire, à ton tempérament, à ton contexte de vie. En d’autres termes, ce ne sont pas des preuves que tu es “cassée”, mais des informations sur qui tu es.

Tes lenteurs peuvent parler d’un besoin de sécurité ou de repos. Ta sensibilité peut révéler une grande capacité d’empathie. Tes hésitations peuvent traduire une envie de faire des choix plus justes. Mais si tu regardes tout cela uniquement à travers le prisme de la performance, tu ne vois que des obstacles. Tu cherches alors à effacer ces parts de toi, alors qu’elles font partie intégrante de ton équilibre.

Accepter que tu n’as rien à réparer ne signifie pas renoncer à évoluer. Cela signifie simplement changer de point de départ. Au lieu de te considérer comme un chantier permanent, tu peux commencer à te voir comme une personne déjà entière, déjà légitime, avec ses forces et ses fragilités. Et cette nuance change tout, parce que tu ne cherches plus à devenir “suffisante” : tu pars du principe que tu l’es déjà, même imparfaite.

Évoluer à partir de soi, pas contre soi

Une fois que tu cesses de te voir comme un problème à résoudre, ta manière d’aborder le changement peut profondément évoluer. Tu n’es plus obligée d’entrer dans une logique de lutte ou de correction permanente. Tu peux adopter une posture beaucoup plus simple, mais aussi beaucoup plus exigeante : celle de l’observation honnête. Observer tes fonctionnements, tes élans, tes blocages, sans immédiatement les juger ni chercher à les faire disparaître.

Observer, c’est accepter de te demander : qu’est-ce qui se passe réellement pour moi ? De quoi ai-je besoin en ce moment ? Qu’est-ce qui me fatigue ? Qu’est-ce qui me nourrit ? Ces questions déplacent complètement la perspective. Tu ne cherches plus à ressembler à une version idéale de toi-même, tu cherches à comprendre la personne que tu es déjà. Et cette compréhension est une base beaucoup plus solide pour évoluer.

À partir de là, le changement ne ressemble plus à une révolution brutale, mais à une série d’ajustements progressifs. Tu ne te forces pas à transformer toute ta vie du jour au lendemain. Tu modifies un détail, tu testes un rythme différent, tu expérimentes une nouvelle habitude en restant attentive à ce que cela te fait réellement. Tu avances par tâtonnements plutôt que par injonctions. Cette lenteur peut sembler moins spectaculaire, mais elle est souvent beaucoup plus durable.

Chercher l’alignement plutôt que la performance, c’est aussi accepter que tout ne soit pas optimisé en permanence. Certaines périodes seront plus productives que d’autres, certaines décisions moins “rentables” mais plus justes pour toi. Et c’est très bien ainsi. Parce que le but n’est plus de cocher des cases, mais de construire une vie qui te ressemble réellement, même si elle ne correspond pas aux standards extérieurs.

Remplacer la contrainte par la bienveillance

Ce changement de posture t’amène presque naturellement vers plus de bienveillance. Non pas une bienveillance complaisante qui consisterait à tout laisser tomber, mais une bienveillance lucide, qui reconnaît tes limites humaines. Pendant longtemps, on t’a peut-être fait croire que la gentillesse envers toi-même te rendrait paresseuse ou moins ambitieuse. En réalité, c’est souvent l’inverse : on avance mieux quand on ne se sent pas constamment menacée par sa propre critique intérieure.

Remplacer la contrainte par la bienveillance, c’est accepter que les transformations profondes prennent du temps. C’est privilégier les petits pas plutôt que les grandes résolutions radicales. Un changement minuscule mais répété a souvent beaucoup plus d’impact qu’un plan parfait abandonné au bout de deux semaines. Cette approche demande de la patience, mais elle évite surtout les cycles d’enthousiasme et d’échec qui finissent par entamer la confiance en soi.

C’est aussi te donner le droit d’être humaine. D’avoir des jours sans énergie, des moments de doute, des retours en arrière. Non pas comme des fautes, mais comme des éléments normaux du processus. Quand tu cesses d’interpréter chaque difficulté comme un échec personnel, tu récupères une grande partie de ton énergie mentale. Tu n’es plus occupée à te juger, tu peux simplement continuer à avancer.

Enfin, cela implique de redéfinir ce que tu appelles “progresser”. Au lieu de mesurer ta valeur à la perfection ou à la performance, tu peux commencer à te fier davantage à ton ressenti : est-ce que je me sens plus apaisée ? plus alignée ? plus respectueuse de moi-même ? Ces indicateurs sont moins visibles, mais infiniment plus pertinents. Parce qu’au fond, évoluer ne devrait pas te donner l’impression de te battre contre toi-même, mais plutôt de te rapprocher doucement de qui tu es vraiment.

Devenir plus soi, plutôt que devenir quelqu’un d’autre

Une autre définition de l’évolution

Si tu prends un peu de recul sur tout ce que l’on associe habituellement à “évoluer”, tu remarqueras que le mot est souvent confondu avec “se transformer”. On parle de nouvelle version de soi, de transformation radicale, de changement total, comme s’il fallait presque devenir une autre personne pour considérer que l’on a grandi. Cette vision spectaculaire du développement personnel est séduisante, mais elle entretient une confusion profonde : elle te fait croire que progresser implique forcément de rompre avec qui tu es aujourd’hui.

Or, dans la réalité, les évolutions les plus solides ne ressemblent pas à des métamorphoses. Elles sont souvent beaucoup plus discrètes. Grandir ne signifie pas effacer ta personnalité, corriger tous tes défauts ou repartir de zéro. Cela signifie plutôt comprendre ton fonctionnement, apprivoiser tes fragilités, développer ce qui est déjà là. Autrement dit, il ne s’agit pas de te transformer totalement, mais de t’affiner, de t’ajuster, de te connaître davantage.

On pourrait presque voir l’évolution comme un processus d’allègement plutôt que d’accumulation. Pendant longtemps, tu as peut-être ajouté des couches : des exigences, des injonctions, des comparaisons, des “je devrais être autrement”. Évoluer peut consister à enlever ces couches une à une. À te débarrasser de ce qui ne t’appartient pas, de ce qui t’a été imposé, de ces standards extérieurs qui t’éloignent de toi-même. Ce n’est plus une course vers plus, mais un retour vers l’essentiel.

Dans cette perspective, devenir “meilleure” n’a plus vraiment de sens. Ce qui compte, c’est devenir plus toi. Plus alignée avec tes valeurs, plus respectueuse de ton rythme, plus honnête avec tes besoins. L’authenticité remplace la performance comme boussole. Et paradoxalement, c’est souvent à ce moment-là que les changements les plus profonds se produisent, parce qu’ils ne sont plus forcés : ils émergent naturellement d’une meilleure compréhension de toi-même.

Quelques pistes concrètes pour avancer en douceur

Adopter cette approche plus respectueuse ne veut pas dire rester immobile. Cela ne signifie pas renoncer à toute évolution ou se contenter de situations qui ne te conviennent pas. La différence, c’est la manière dont tu avances. Au lieu de te fixer des objectifs dictés par la pression ou la comparaison, tu peux commencer par te poser des questions beaucoup plus simples et plus fondamentales, comme : de quoi ai-je besoin en ce moment ? Cette question peut sembler banale, mais elle change complètement la dynamique. Elle t’invite à partir de ton vécu réel plutôt que d’un idéal abstrait.

À partir de là, tu peux choisir de modifier une chose à la fois. Pas dix habitudes simultanément, pas une refonte complète de ta vie en janvier, mais un ajustement précis, adapté à ton énergie actuelle. Ce rythme plus lent peut frustrer au début, surtout si tu es habituée aux plans ambitieux et aux grandes résolutions. Pourtant, c’est souvent cette progressivité qui rend le changement durable. En te concentrant sur un seul élément, tu te donnes réellement la chance de l’intégrer à ta vie, au lieu de l’abandonner au bout de quelques semaines.

Il devient aussi important de changer ton regard sur tes avancées. On a tendance à ne valoriser que les résultats visibles et spectaculaires, alors que la majorité des progrès sont minuscules et presque invisibles. Te coucher un peu plus tôt, poser une limite, prendre une pause quand tu en as besoin, oser dire non, te parler avec moins de dureté : ce sont des gestes simples, mais ils traduisent souvent des transformations profondes. Apprendre à reconnaître ces micro-progrès t’aide à sortir de la logique du “tout ou rien” et à construire une confiance plus stable.

Enfin, avancer en douceur suppose de modifier la relation que tu entretiens avec toi-même au quotidien. Te parler comme tu parlerais à une amie, avec respect et compréhension, change profondément ton expérience intérieure. Cela implique aussi d’accepter le repos, les temps morts, les périodes moins productives, non pas comme des faiblesses mais comme des besoins légitimes. Une vie équilibrée ne se construit pas uniquement dans l’effort, mais dans l’alternance entre action et récupération. En laissant cette place au repos, tu cesses de te traiter comme une machine à optimiser et tu recommences à te considérer comme un être humain à part entière.

Au fond, avancer en douceur, c’est peut-être simplement ça : arrêter d’essayer de te forcer à devenir quelqu’un d’autre, et apprendre progressivement à te soutenir pour devenir davantage toi-même.

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Conclusion : Personne n’est “pas assez”

Si tu devais retenir une seule chose de tout cela, ce serait peut-être celle-ci : le problème n’a jamais été toi.

Ce n’est pas ton manque de discipline, ni ton manque de volonté, ni ton incapacité à “tenir” tes résolutions. Ce qui t’épuise, ce n’est pas qui tu es, mais la croyance persistante que tu devrais être différente. Cette idée que tu serais toujours en retard sur une version plus accomplie de toi-même t’a poussée à te surveiller, te corriger, te comparer, comme si ta valeur dépendait de tes performances. Mais aucune personne ne peut s’épanouir durablement en se regardant comme un chantier permanent.

Personne n’est “pas assez”. Cette sensation ne dit rien de ta valeur réelle ; elle dit seulement à quel point les standards autour de toi sont irréalistes. Tu n’as pas à mériter le droit d’exister pleinement, ni à prouver que tu es digne d’être aimée, respectée ou fière de toi. La dignité n’est pas une récompense qui arrive après transformation. Elle est déjà là, dès le départ. Tu ne deviens pas valable parce que tu t’améliores ; tu t’améliores beaucoup plus sereinement quand tu comprends que tu l’es déjà.

Alors peut-être que l’étape la plus importante n’est pas d’ajouter une nouvelle habitude, ni de lancer un nouveau plan de développement personnel. Peut-être que c’est simplement de relâcher un peu la pression. De cesser de te parler comme à un problème à résoudre. D’apprendre, progressivement, à te considérer comme une alliée plutôt qu’un obstacle. Te réconcilier avec toi-même, ce n’est pas renoncer à évoluer ; c’est créer enfin un terrain intérieur suffisamment sûr pour que le changement puisse se faire sans violence.

Au fond, il ne s’agit pas de devenir une autre version de toi. Il s’agit d’enlever tout ce qui te fait croire que tu devrais l’être. Parce que tu n’as jamais eu besoin d’être plus que toi-même pour être suffisante.

Tu n’as pas besoin de devenir quelqu’un d’autre pour mériter ta place : tu peux simplement apprendre, doucement, à habiter pleinement celle que tu es déjà.

 

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